Société, santé, fin de vie : bref focus sur les réflexions en cours

Un nouvel article dans la série de partages « Foi, Santé et société », proposée par Véronique Vignon, Communautaire et Enrica Zanin, Alliée. Véronique a été responsable de l’Unité de Soins Palliatifs à la Clinique de la Toussaint à Strasbourg. Aujourd’hui, elle expose les débats actuels sur la fin de vie : les politiques s’interrogent et il est urgent de prendre position pour que la réflexion puisse avancer.

Une concertation citoyenne au sujet de la fin de vie nous sera proposée bientôt en vue d’une éventuelle nouvelle loi : cherchons à décrypter ce qui se dit déjà, dans les coulisses du pouvoir, sur la fin de vie.

Nous le savons, la quatrième révision des lois de bioéthique a eu lieu lors du quinquennat précédent ; elle concerne l’extension du délai de l’IVG, l’extension de la possibilité de PMA pour les couples homosexuels et les femmes seules, l’autorisation d’auto-conservation des ovocytes sans raisons médicales et l’encadrement de création d’embryons chimères homme-animal.

En observant cette actualité Pierre Le Coz (Comité consultatif national d’éthique) parle d’une poussée libérale « qui acclimate les esprits et aboutit à l’évolution inéluctable des lois ». Il s’agit de la promotion de l’autonomie de l’individu, à partir de mots clés que sont la liberté entendue comme auto-référence et droit à la disposition de soi-même, la volonté propre, qui tiendrait lieu de loi et la justice, vue d’abord comme garante d’égalité contre toute discrimination. Le sens de la loi devient essentiellement de faire barrage à la nuisance à autrui. Dans ce mode de pensée, tout se réinvente en permanence.

En revanche, le courant conservateur met en avant le Bien Commun, défini par des valeurs et repères anthropologiques qui se transmettent pour tenir des individus ensemble, en société.

Les décisions prises par sénateurs et députés ont été nourries par l’intervention d’experts issus d’instances nationales comme le CCNE (comité consultatif national d’éthique), ou de sociétés d’experts sur les différents sujets, ou encore d’associations porteuses de convictions fortes.

Le CCNE travaille  sur des sujets de société, médicaux ou non, en s’appuyant sur trois fondamentaux universels stables dans le temps et transculturels. Il s’agit de la dignité, l’ autonomie et la justice. Dans ce cadre, certains membres donnent priorité à la dignité, d’autres à l’autonomie. Le CCNE prépare un nouvel avis sur la fin de vie. (cf  La Croix 1/2/ 2022)

La SFAP (Société française d’accompagnement et soins palliatifs), rappelle que la loi Leonetti Claeys de 2016 est bonne mais non appliquée: « la loi promet des soins palliatifs pour tous, mais seulement un tiers des patients qui en auraient besoin y  ont effectivement accès »  puisque « 26 départements ne disposent pas de services de soins palliatifs… » et que « 50% des français s’estiment mal informés» sur les soins palliatifs possibles. « Avant d’envisager une nouvelle évolution législative s’ajoutant à un édifice encore fragile, consolidons notre maîtrise et notre appropriation de la loi, qui répond à la quasi-totalité des situations difficiles auxquelles nous devons faire face ». C’est ce qu’écrit le Docteur Claire Fourcade  (« Monsieur le Président, faites des soins palliatifs une grande cause nationale », La Vie, 28 avril 2022).

Au Vatican et dans l’Église, la réflexion récente sur « la loi sur le suicide assisté » en Italie montre « le dilemme entre collaborer à la construction d’une loi imparfaite ou encourir le risque d’employer des arguments désormais inaudibles par des sociétés trop libérales » (La Croix, 8 février 2022).

L’ Alliance Vita, d’un côté, et l’ADMD (Association pour le droit à mourir dans la dignité) de l’autre, défendent des convictions contraires. D’une part, Tugdual Derville, porte-parole d’Alliance Vita et auteur de La Bataille de l’euthanasie, affirme que « la vie est un droit, pas la mort, qui doit être accueillie, pas administrée ».

D’autre part, Yoann Brossard de l’ADMD, soutient que « Chacun devrait pouvoir décider d’arrêter quand il le souhaite, en fonction de ce qu’il se sent capable d’endurer: les soins palliatifs ne correspondent pas forcément aux convictions et choix personnels de chacun. »

Parmi les députés de LREM, se trouvent également de grandes divergences:

Jean–Marie Touraine ouvrait le forum de bioéthique de septembre 2019 à Strasbourg par ces mots : « La bioéthique doit suivre et s’adapter à l’évolution de la pensée contemporaine » et précisait, lors de la révision des lois de bioéthique de juin 2021, que « la bioéthique est variable dans l’espace et dans le temps » et qu’elle doit proposer des chemins vers le droit à l’ultime liberté de mourir.

Étienne Hubert, bénévole en soins palliatifs proche de LREM, alerte sa famille politique : « quelle que soit l’évolution du cadre législatif sur la fin de vie, sanctuarisons l’univers des soins palliatifs par rapport à une éventuelle législation d’aide au suicide assisté. L’urgence de l’heure est de déployer les moyens nécessaires pour les développer et les rendre le plus vite possible accessibles à tous et partout en France, sûrement pas de briser la conscience et les motivations des milliers d’acteurs qui se consacrent à cette mission » (document interne à la SFAP, janvier 2022).

Aujourd’hui, quelle est notre position de citoyen et de chrétien ? Dans la lumière de Pentecôte, pourquoi ne pas demander à l’Esprit Saint d’éclairer nos intelligences et notre conscience ?

Véronique Vignon


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