Les soins palliatifs aujourd’hui

L’éthique du soin, le souci des patients, les débats sur la fin de vie interrogent les Chrétiens. Notre série de partages « Santé et société », proposée par Véronique Vignon, entend poser ces questions à la lumière de la foi, en nous invitant à nous rendre aux « périphéries ». Véronique Vignon est membre engagée de la Communauté. Elle a ouvert en 1977 une Unité de Soins Palliatifs à la Clinique de la Toussaint à Strasbourg. Elle en a été le médecin responsable jusqu’en 2020. Aujourd’hui, elle nous parle des soins palliatifs selon Claire Fourcade : comment placer la relation humaine au coeur du soin ?

Le Docteur Claire Fourcade, présidente de la SFAP (société française d’accompagnement et soins palliatifs), ouvrait ainsi le 28e congrès de soins palliatifs de Valenciennes en septembre 2021 : 

« Je ne peux pas, nous ne pouvons pas être sourds aux débats de notre société, à ses évolutions, à ses demandes. Nous devons les entendre car ils s’imposeront à nous (…) La campagne présidentielle qui s’annonce sera sans doute décisive (…) Nous allons peut-être devoir aller là où nous n’aurions pas voulu aller. »

Je vous propose quelques points de son allocution, pour continuer nos réflexions sur le sujet de la fin de vie, et nous préparer au déferlement médiatique à venir.

Concernés, impliqués ?

« Nous  tous, comme citoyens sommes concernés par cette question de la fin de vie, par la mort qui nous attend tous, nous ou nos proches, et par les conditions dans lesquelles elle surviendra. Il est légitime d’avoir peur, de souhaiter donner son avis, d’envisager toutes les solutions sans exception: plutôt mourir que souffrir, plutôt mourir que mal vivre, plutôt mourir que seulement survivre. Nous sommes concernés. Inlassablement revient dans le débat public la question de la mort donnée. Mort donnée par des soignants à ceux qui en feraient la demande. Chacun est « pour » ou « contre », chacun a un avis, c’est normal, nous sommes tous concernés. »

« Soignants ou bénévoles, nous accompagnons des personnes qui vivent à l’ombre de la mort. Nous les écoutons inlassablement. Pas seulement avec nos oreilles mais aussi avec nos yeux pour mieux voir ce qui ne peut se dire, avec nos mains pour toucher ce qui fait souffrance et avec tout notre corps, tendu pour mieux comprendre, pour être là, complètement. Nous devrions alors préparer la seringue, dire au revoir à celui que nous avons appris à connaître en écoutant ses souffrances les plus intimes, le piquer et le regarder mourir. Ensemble patients et soignants nous sommes impliqués. »

« Les soins palliatifs ne sont pas un cahier de recettes de Bonne Mort, ils sont d’abord une philosophie qui place la relation humaine au cœur du soin, » nés du « scandale du laisser mourir dans la douleur, la solitude ou la peur ».  Quelles pistes pour notre réflexion à partir de cette expérience ?

 « Les soins palliatifs sont un éloge de l’interdisciplinarité. Parce qu’un médecin et une aide-soignante n’écoutent pas, ne parlent pas comme une infirmière et un psychologue, nous croisons nos regards, nos expériences et nos langages pour penser ensemble et créer de l’intelligence collective. Combien de sociétés savantes ont dans leur conseil d’administrations des infirmières des aides–soignants, des bénévoles et des philosophes ? »

« Les soins palliatifs sont un éloge de la lenteur. Préférer toujours le sur-mesure au prêt-à-porter (ou au prêt-à-penser), l’artisanat à l’industrie et le singulier au pluriel. »

« Les soins palliatifs sont aussi un éloge du regard. Ce regard qui peut dévaloriser ou ignorer mais qui peut aussi soigner, respecter ou humaniser. »

« Les soins palliatifs sont un éloge et un aveu de faiblesse. Travailler en soins palliatifs c’est reconnaître que l’homme est mortel et que la médecine n’est pas toute puissante. » Nous sommes « fragiles et vulnérables, évoquant la mort, la souhaitant parfois (…) ambivalents. »

« Comment entendre l’homme souffrant et la globalité de sa plainte ? Serons-nous là, collectivement, pour dire à celui qui s’en va qu’il a du prix pour nous et qu’il va manquer à notre communauté d’hommes ? Les soins palliatifs sont un choix de société, société de la solidarité et de l’interdépendance prête à secourir la fragilité ».

J’ai de la gratitude pour ces collègues de soins palliatifs, pour ce qu’ils font, pour leur approche de l’homme et pour leurs questionnements sur l’évolution de notre pensée collective ! 

Véronique Vignon, Communautaire


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