« Une lumière brilla dans la cellule »

Dans le cadre de notre parcours vers la Pentecôte, « Désirer le Saint-Esprit », nous vous proposons des commentaires spirituels de tableaux, par Enrica Zanin, Alliée. Découvrons la présence de l’Esprit dans l’histoire des apôtres qui apprennent à se laisser guider par lui dans les Actes. Aujourd’hui, l’esprit se manifeste dans la libération de Pierre (AC,12).


Le tableau


Raphaël peint cette fresque vers 1513, dans les palais du pape, au Vatican. Il représente la libération inattendue de Pierre qui a été arrêté par ordre d’Hérode et qui git en prison, attaché par deux chaînes et entouré de garde :

« Pierre dormait, cette nuit-là, entre deux soldats ; il était attaché avec deux chaînes et des gardes étaient en faction devant la porte de la prison »

AC 12,6

Le spectateur voit les chaînes, qui attachent les mains et les pieds de Pierre aux poignets de deux gardes armés, en armure, selon la mode de la Renaissance.

Pierre dort. Dans le tableau son corps git abandonné, au sol, dans le cachot : plus que le sommeil, il exprime le plus grand découragement. Pierre apparaît vieux, abattu, impuissant. Ses yeux sont dans l’ombre, comme pour traduire la tristesse et l’abattement. Et voilà qu’une lumière éclatante remplit le cachot :

Et voici que survint l’ange du Seigneur, et une lumière brilla dans la cellule.
Il réveilla Pierre en le frappant au côté et dit : « Lève-toi vite. »
Les chaînes lui tombèrent des mains.
Alors l’ange lui dit : « Mets ta ceinture et chausse tes sandales. »
Ce que fit Pierre. L’ange ajouta : «Enveloppe-toi de ton manteau et suis-moi. »
Pierre sortit derrière lui, mais il ne savait pas que tout ce qui arrivait grâce à l’ange était bien réel ; il pensait qu’il avait une vision.
Passant devant un premier poste de garde, puis devant un second, ils arrivèrent au portail de fer donnant sur la ville. Celui-ci s’ouvrit tout seul devant eux. Une fois dehors, ils s’engagèrent dans une rue, et aussitôt l’ange le quitta

AC 12, 7-10

Les deux autres pans de la fresque racontent l’histoire de la libération. A droite, Pierre se lève, comme abasourdi, prend la main de l’ange et le suit, prêt à enjamber les corps endormis des gardes. A gauche, deux autres gardes découvrent l’évasion et cherchent à atteindre la cellule. Au centre, cette lumière incroyable, aveuglante, qui surprend le spectateur par son éclat. La splendeur de l’ange est telle, qu’elle se réverbère sur les murs de la cellule et en dévoile chaque recoin. Le spectateur a l’impression qu’un espace se dégage dans le mur devant lui, que seule une grille le sépare de Pierre. Mais ni les deux gardes ni Pierre ne semblent apercevoir l’ange, puisqu’ils restent absents, derrière leurs armures, dans leur tristesse, dans leur sommeil – c’est que la lumière de l’ange, malgré l’éclat du tableau, est d’abord une réalité intérieure.

On comprend ainsi que la fresque ne se limite pas à décrire la libération de Pierre, mais nous propose une expérience spirituelle. C’est l’expérience de la grâce que rappelle le psalmiste : « J’avais dit : ‘Les ténèbres m’écrasent !’ mais la nuit devient lumière autour de moi » (PS 138, 11-12). Même quand tout espoir semble perdu, même quand nous sommes au plus fond de notre nuit, la lumière de la grâce peut jaillir et nous libérer.

C’est l’expérience de la nuit de Pâques : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi » (Is 9, 1).

La lumière brille : mais elle n’efface pas la nuit. Elle découvre, en premier lieu, la grille de la cellule, par un contre-jour puissant qui rend encore plus saisissant le quadrillage serré du métal. Pierre pourrait dire avec le psalmiste : « la nuit devient lumière autour de moi », mais la lumière n’efface pas la nuit. La libération miraculeuse de Pierre dit la toute-puissance de Dieu, qui surgit dans les cachots les plus noirs, mais aussi la persistance de la nuit, qui ne cesse d’envelopper Pierre qui s’enfuit, et qui sera encore persécuté et emprisonné.

L’éclat lumineux derrière le noir de la grille révèle à la fois la puissance éclatante de Dieu et la persistance de l’ombre, de la souffrance et de la peur. La lumière révèle l’ombre, mais l’ombre n’a pas le pouvoir d’effacer la lumière.

Pour Dieu « la nuit comme le jour est lumière » (Ps 138, 12) – mais il est parfois difficile pour nous d’accepter que l’ombre et la lumière coexistent. Il nous faut alors écouter les paroles très pragmatiques de l’ange : « lève-toi vite », « mets ta ceinture et chausse tes sandales ». L’ange nous invite à quitter notre tristesse et à agir, comme on peut, pour sortir de la nuit.

Que le Seigneur nous donne de voir que « la nuit comme le jour est lumière », pour que nous sachions, avec foi, libérés de nos chaînes, saisir la main de l’ange et le suivre hors du cachot.


A lire aussi

« Que chacun de vous soit baptisé »

Dans le cadre de notre parcours vers la Pentecôte, « Désirer le Saint-Esprit », nous vous proposons des commentaires spirituels de tableaux, par Enrica…

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Communauté du Puits de Jacob

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture