« Vous recevrez le don du saint Esprit »


Dans le cadre de notre parcours vers la Pentecôte, « Désirer le Saint-Esprit », nous vous proposons des commentaires spirituels de tableaux, par Enrica Zanin, Alliée. Découvrons la présence de l’Esprit dans l’histoire des apôtres qui apprennent à se laisser guider par lui dans les Actes. Aujourd’hui, l’Esprit se manifeste dans la prédication de Pierre (AC,2).


Le tableau

Masolino da Panicale (1383–1447), La prédication de Saint Pierre, Cappella Brancacci (Florence, Italie)

Cette fresque fut réalisée vers 1424, en huit jours, par le peintre florentin Masolino. Elle représente le point culminant du discours de Pierre aux habitants de Jérusalem : 

« Convertissez-vous… vous recevrez alors le don de l’esprit saint »

AC 2,38

L’Esprit Saint vient nous tirer vers le haut, comme le doigt de Pierre, pointé vers le ciel. Mais il reste invisible, dans l’espace étroit de la fresque, où des montagnes raides et arides couvrent l’espace du ciel. Seul le geste vigoureux de Pierre nous invite à croire que l’Esprit habite ce monde et nous emporte vers le Père. Saurons-nous le voir ?

Comme les habitants de Jérusalem, chacun reçoit les paroles de Pierre dans sa vie et répond à partir de ce qu’il est, de ce qu’il fait. Assis devant Pierre, chaque personnage réagit différemment. Au premier plan, une femme habillée de bleu semble déjà contempler l’Esprit Saint, et l’accueillir en prière. Derrière-elle, une foule de personnages suit le doigt de Pierre dans l’espoir de découvrir, sur sa trajectoire, la lumière de l’Esprit. Devant eux, un homme et une femme se cachent, comme saisis de peur devant le grand mystère, ou peut-être, timides et honteux devant cet appel à la conversion : leur regard va vers Pierre, mais ils n’osent pas se montrer, et dissimulent leur visage.

A gauche de la dame en bleu, un vieillard s’est endormi – le discours de Pierre était très long. A sa droite aussi, une jeune femme cède au sommeil. A côté d’elle se tient un personnage énigmatique, dont le visage est à demi caché par la toge jaune de l’apôtre. Mais son regard se tourne vers nous, et nous interpelle : comment répondons-nous à l’appel de Pierre ? Comme les jeunes hommes à la mode, debout derrière lui, qui semblent contempler avec indifférence et dédain les gestes animés de ce vieil homme ? Ou bien comme les moines carmélitains en face de lui, qui regardent Pierre en fronçant les sourcils, comme pour juger l’exactitude de ses propos, sans oser simplement suivre le doigt pointé vers le ciel. A chacun de trouver sa place dans cette foule peinte entre deux colonnes de Santa Maria del Carmine, à Florence.

L’ Esprit est invisible : dans le tableau de Masolino, aucun signe du ciel ne le manifeste. Et pourtant, il est sensible dans la vigueur de Pierre, dans l’espérance des personnages, dans le sommeil de ceux qui n’arrivent pas à suivre, mais qui se laissent habiter, dans leur pauvre simplicité, par sa douce présence. 


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