Dans le cadre de notre parcours vers la Pentecôte, « Désirer le Saint-Esprit », nous vous proposons des commentaires spirituels de tableaux, par Enrica Zanin, Alliée. Aujourd’hui, découvrons la présence de l’esprit dans l’histoire des apôtres qui apprennent à se laisser guider par lui dans les Actes. Aujourd’hui, l’esprit se manifeste dans la conversion de Paul (AC,9).
Le tableau

Ce tableau fut réalisé par Caravage vers 1604 pour l’église Santa Maria del Popolo à Rome, où il se trouve encore, à côté de l’autel. En entrant dans la chapelle, le visiteur est saisi par la lumière qui émane du tableau : elle éclaire un jeune homme, renversé à terre, qui risque de se faire écraser par un immense cheval pie. En regardant mieux, on constate qu’un palefrenier le retient. L’homme et le cheval paraissent calmes, immobiles : ils regardent tous deux vers le jeune chevalier renversé à terre qui, au contraire, s’anime, lève les bras, voudrait voir, bien que ses yeux paraissent clos ou vides, aveuglés par cette lumière saisissante qui l’éclaire.
Le tableau représente la conversion de Saint Paul, ainsi qu’elle est décrite dans les Actes des Apôtres :
« Saul était toujours animé d’une rage meurtrière contre les disciples du Seigneur. Il alla trouver le grand prêtre et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s’il trouvait des hommes et des femmes qui suivaient le Chemin du Seigneur, il les amène enchaînés à Jérusalem.
AC 9, 1-5
Comme il était en route et approchait de Damas, soudain une lumière venant du ciel l’enveloppa de sa clarté. Il fut précipité à terre ; il entendit une voix qui lui disait : « Saul, Saul, pourquoi me persécuter ? » Il demanda : ‘Qui es-tu, Seigneur ?’ La voix répondit : ‘Je suis Jésus, celui que tu persécutes’.
La scène est bien reconnaissable : Paul est « précipité à terre », l’épée qu’il porte à la taille explique sans doute la « rage meurtrière » qui le fait partir en voyage. Et pourtant, à part ces indices, rien n’est dit de l’histoire de Paul. Aucun signe ne manifeste que Paul se rend à Damas, aucune trace ne révèle la présence de Jésus. Il en va tout autrement dans un autre tableau, que Caravage a peint quelques années auparavant : dans ce premier tableau, un est au moyen orient, car le palefrenier est habillé à l’orientale, et un voit clairement la présence de Jésus, accompagné d’un ange, qui tend ses mains vers Paul.
Dans cette deuxième version du tableau, en revanche, la scène est purement intérieure. Caravage représente l’expérience d’une chute. Paul pensait avoir un statut, un but, un chemin – mais un accident le fait tomber : il perd ses repères, il doit s’arrêter, il ne voit plus rien. Son identité est remise en cause : le guerrier à cheval devient un pauvre aveugle ; sa mission est mise en doute : où aller quand on ne voit plus rien ?
Cette expérience de la chute, dans le dépouillement extrême du tableau, devient une expérience intime, que chaque visiteur peut reconnaître.
La voix de Dieu ne s’élève pas avec la certitude évidente d’un commandement. Elle reste incertaine et inaudible. Paul est le seul qui, par un acte de foi, peut reconnaître que Jésus l’appelle. La présence de Dieu demeure invisible et se révèle par les signes les plus naturels : la lumière, l’hésitation du cheval, la chute. C’est la foi qui nous fait reconnaître, dans cette lumière verticale qui éclaire Paul, le signe de son salut. Mais Paul, pour l’instant, est dans la nuit. Il ne voit rien : et pourtant ses mains tendues disent bien son désir d’accueillir la lumière, d’atteindre quelque chose d’invisible qui se donne à lui. Paul se laisse éclairer par la grâce : son corps en terre, fragile, ouvre les bras, se montre disponible et vulnérable, comme le Christ sur la croix.
Ce tableau dépeint une chute : mais il invite le spectateur à convertir son regard, pour voir, dans l’expérience brutale de l’accident qui nous jette à terre, les signes fragiles de la grâce.
Il fallait que Paul tombe, prenne peur, perde la vue, pour qu’il puisse entendre la voix de Jésus. Que son histoire nous aide à voir, dans chaque chute, le lieu possible d’une vocation.
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