Dans le cadre de notre parcours vers la Pentecôte, « Désirer le Saint-Esprit », nous vous proposons des commentaires spirituels de tableaux, par Enrica Zanin, Alliée. Aujourd’hui, découvrons la présence de l’Esprit dans l’histoire des apôtres qui apprennent à se laisser guider par lui dans les Actes. Aujourd’hui, l’esprit se manifeste dans le martyre de saint Etienne (AC 7).
Le tableau

Cette fresque surprenante se trouve dans la crypte de l’église saint Germain d’Auxerre. Il s’agit d’une peinture très ancienne, qui remonte au VIIIe siècle. Elle représente le martyr de saint Etienne. Etienne accuse le grand prêtre et les scribes de « résister à l’Esprit saint » (AC 7,15) puisqu’ils refusent de reconnaître que le salut est désormais possible, car le Christ est venu dans le monde. Ces derniers l’écoutent avec « le cœur exaspéré » (7,58) et ils « se bouchent les oreilles » (7,57). Pour le faire taire, définitivement, ils l’amènent hors de la ville et se mettent à le lapider. Mais Etienne, rempli de l’Esprit Saint, fixe le ciel du regard et voit la gloire de Dieu (7,55). Il prie ainsi :
« Seigneur Jésus, reçois mon esprit ».
Ac 7,59
Cette fresque représente le mécanisme de la violence et l’inespéré de la grâce : à gauche, deux mains levées, les poings fermés, serrant une pierre blanche ; à droite, une main qui descend, tendue, ouverte, prête à saisir la main d’Etienne. Au centre le corps blanc d’Etienne, qui a déjà tourné le dos à ses agresseurs et lève les yeux vers cette main mystérieuse, venue du ciel.
La symétrie saisissante du tableau en résume l’histoire. Les hommes emportés par la violence lèvent avec force le bras, mais baissent les yeux pour viser leur victime ; Etienne, en fuite, lève les yeux, aperçoit cette main venue du ciel, arrête sa course, fléchit le genou, ouvres ses mains, prêt à accueillir les coups de la mort, mais aussi, les signes de la grâce.
Le sens de la fresque, malgré ses proportions fausses et son dessein approximatif, est très clair. Deux couleurs –le blanc et l’ocre– suffisent à décrire l’innocence désarmée d’Etienne et la férocité des humains ; deux diagonales résument les mouvements contrastés du cœur : la violence, qui descend de gauche à droite, et la charité, qui remonte en suivant le corps agenouillé d’Etienne et puis la main de Dieu.
Mais les deux moitiés qui composent la lunette sont très différentes. A gauche, tout l’espace est occupé par la ville, plus petite que nature, avec ses murs, ses tourelles, ses maisons et la grande porte d’où sont sortis les personnages. A gauche, l’espace est vide. En sortant de la ville, Etienne va vers l’inconnu. La fresque fait le récit d’un déplacement. D’un côté se trouvent les lieux quotidiens de notre vie commune, de nos relations sociales et professionnelles, bien protégés par le mur d’enceinte de nos convictions, de nos habitudes et de nos certitudes. Le peintre a ainsi représenté une ville médiévale, celle qu’habitent les fidèles du VIIIe siècle, à qui était destinée cette fresque. De l’autre côté, en revanche, il n’y a rien : aucune forme qui soit reconnaissable, si ce n’est l’ocre du sol et le bleu foncé du ciel nocturne.
Etienne accepte d’avancer dans cette nuit. Et c’est là que, contre toute attente, se manifeste la grâce : cette main frêle, ouverte, tendue, si humaine. Cette main qui semble venir du vide, qui n’est rattachée à aucun corps visible.
Aurais-je le courage de la saisir ? de quitter mes repères pour me laisser importer vers l’inconnu ? Il faudra alors avoir le courage de quitter mes repères et de partir les mains vides et désarmées –vide de toutes les occupations qui me retiennent en ville, désarmées des pierres blanches que je serre pour me défendre et pour attaquer. Je pourrai alors, avec Etienne, être rempli de l’esprit saint et voire la gloire de Dieu (AC 7, 55).
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