Frédéric Rognon nous partage en cette fin de parcours comment il a été nourri par la pensée de Jacques Ellul et les étapes qu’il a traversées. Avec clarté et humilité, Frédéric nous laisse entrevoir comment les différentes attitudes qu’il a décrites peuvent s’incarner.
Après une introduction sur la vie et la pensée de Jacques Ellul, et les trois attitudes de dégagement, d’espérance et de non-puissance, voici la fin de la conférence de Frédéric Rognon, disponible en audio et en texte (24 minutes) :
Abonnez-vous au Podcast du Puits de Jacob ! Apple Podcasts | Spotify | Amazon Music | Deezer | RSS | More
Cette conférence « Foi et engagement écologique » a été organisée par la Communauté du Puits de Jacob dans le cadre du Temps pour la Création 2025 et a eu lieu le 3 octobre 2025 à l’église Saint Jean de Strasbourg.
Retranscription de la version audio
« Alors je vais maintenant parler de mon propre cheminement avec Jacques Ellul. Pourquoi est-ce que tout ce que je viens de vous présenter me touche, me rejoint et me déplace ? Vous voyez qu’on a été un peu déplacés, quand on est plutôt dans valoriser l’optimisme, valoriser l’espoir et puis on se rend compte avec Jacques Ellul, on n’est pas obligé de le suivre, mais en tout cas lui, il nous propose de renoncer à l’optimisme pour passer à l’espérance. Quand on valorise la puissance, Jacques Ellul valorise la non-puissance. Quand on valorise l’engagement, Jacques Ellul nous propose le dégagement. Donc il nous déplace.
Qu’est-ce qui fait que je suis touché, que je suis rejoint et déplacé par cet homme ? En fait, je n’ai jamais rencontré Jacques Ellul. Il est mort en 1994, donc je suis d’une génération qui aurait pu le rencontrer, je n’ai pas eu cette occasion. J’ai entendu parler de lui depuis petit, parce que j’ai grandi dans une famille protestante, mes parents étaient engagés dans l’Eglise réformée. Je dirais, de son vivant, il était un peu connu dans ce microcosme protestant et quasiment inconnu en dehors de ce microcosme, mais moi j’avais entendu ce nom. D’ailleurs, quand mon père est décédé, j’ai vu dans sa bibliothèque qu’il y avait quelques livres de lui. Mais je ne l’avais jamais lu, je n’avais jamais eu l’occasion ni de le lire, ni de le rencontrer. Et c’est seulement quand j’ai fait mes études de théologie, pour être pasteur, parce que j’ai été pasteur pendant quelques années, c’est à ce moment-là que j’ai découvert l’œuvre de cet homme.
De deux manières : il y avait un de mes camarades à la faculté qui travaillait sur Jacques Ellul et qui m’a dit : « Voilà, tu devrais lire ça ». Et puis surtout, il y a un pasteur qui l’a rencontré qui m’a dit : « J’ai rencontré un prophète ». Et qui m’a donné un livre et qui m’a dit : « Tu devrais lire ce livre, parce que c’est en quelque sorte un homme qui a illuminé ma vie, qui m’a ouvert les yeux sur notre monde et qui m’a redonné cette espérance que j’avais perdue ». C’est comme ça que j’ai rencontré la pensée de Jacques Ellul.
Et je peux dire que, un peu sur le tard, j’avais 36 ans, et quand je l’ai lu, il m’a donné une grille de lecture, il m’a donné des mots à mettre sur des engagements que j’avais déjà, sur des convictions plus ou moins confuses que j’avais déjà. Et c’est comme ça que je me suis passionné pour cet homme et j’ai lu en quatre ans la totalité des 68 livres qu’il a écrits. Et quand j’ai été nommé à la faculté théologique de Strasbourg, j’ai commencé très vite à enseigner sa pensée, ce que je fais maintenant : je donne à chaque année un cours semestriel, donc 24 heures. En 24 heures, on a le temps de dire pas mal de choses, pas le temps de faire le tour de sa pensée, mais quand même, c’est-à-dire deux heures par semaine pendant douze semaines. Et on a ainsi des étudiants qui se passionnent pour l’œuvre de cet homme.
Et cet homme donc a mis des mots sur des engagements que j’avais depuis très longtemps, depuis l’adolescence. Donc je vais parler un petit peu de moi, excusez-moi, je vais juste évoquer un peu pourquoi est-ce que Jacques Ellul m’a rejoint dans mes engagements que j’avais déjà depuis longtemps. Et je peux dire que toutes les phases que j’ai présentées tout à l’heure : l’espoir, le désespoir, l’espérance ; l’engagement, le désengagement, le dégagement, tout cela je l’avais vécu avant qu’il puisse me donner ces mots qui m’ont permis de voir clair sur moi-même, sur mon propre cheminement.
Alors à l’adolescence, j’ai fait des rencontres, pour moi en tout cas, je pense quand même de façon assez générale, mais pour moi en tout cas ce sont les rencontres avec des personnes qui m’ont fait avancer, qui ont été décisives. Et il y avait en particulier quand j’étais catéchumène, il y avait deux pasteurs qui ont eu un impact très fort, qui étaient eux-mêmes très engagés et qui m’ont beaucoup influencé, m’ont beaucoup ouvert les yeux et m’ont motivé pour un engagement au nom de ma foi et au nom de mon espérance. Quand je pense à eux, quand je relis ma vie, je me dis là qu’il y a eu comme des phares, un peu comme un marin qui est sur son bateau et qui voit des phares et qui considère qu’il y a là l’importance d’avancer en fonction de ces phares. Donc ces deux pasteurs ont été très importants pour moi.
Ça m’a amené un peu plus tard, une fois adulte, mais assez tôt quand même, à un certain nombre d’engagements. Un premier engagement a été de partir en Nouvelle-Calédonie, j’ai vécu plusieurs années en Nouvelle-Calédonie, dans des situations que vous connaissez peut-être : les années 80, les situations de guerre civile. Et j’étais en quelque sorte aux premières loges, c’est-à-dire que j’étais impliqué dans un engagement au nom de ma foi chrétienne dans l’Eglise protestante de Nouvelle-Calédonie, dans des situations d’affrontement, de racisme, de violence. J’ai été menacé de mort plusieurs fois, mon appartement a été dévasté, c’était une période particulièrement difficile et j’ai essayé de rester fidèle à cet engagement dégagé. Mon appartement est dévasté, vous voyez le matin que tout a disparu, ça fait un choc, mais il s’agit de se relever chaque fois qu’il y a une déconvenue, une épreuve. Donc ça, ça a été un premier engagement assez fort quand j’avais 23, 24 ans.
Et puis ensuite au retour en métropole, après avoir passé 4 années en Nouvelle-Calédonie, ça a été de m’engager dans une vie communautaire, alors ça va parler à un certain nombre d’entre vous, la vie communautaire. C’était la communauté de l’Arche de Lanza del Vasto, que certaines connaissent sans doute. Je précise qu’il y a plusieurs « Arche », il y a l’Arche de Jean Vanier et l’Arche de Lanza del Vasto qui est un peu différente, puisque Jean Vanier a créé l’Arche en 1950, Lanza del Vasto 2 ans avant en 1948.
Alors qui était Lanza del Vasto ? C’était un homme qui lui aussi m’a beaucoup marqué. Lui par contre je l’ai rencontré à la fin des années 70, quand j’avais 17 ans. C’était un catholique fervent qui avait rencontré Gandhi en 1937 et qui après la guerre en 1948 a créé des communautés à la fois fondées sur la foi des membres et donc avec une vie de prière, une vie de travail, un peu comme des monastères mais avec des familles et reprenant le message de Gandhi de la non-violence. Et donc il a créé un certain nombre de communautés, j’ai vécu pendant six ans dans l’une de ces communautés, la communauté de Bonnecombe près de Rodez. Ce sont donc des communautés qui vivent toujours, donc je peux vous parler au présent même si moi-même je suis lié à ce mouvement mais je ne suis plus en communauté.
Ce sont des communautés rurales où on travaille la terre dans un esprit d’écologie puisque c’est une production en bio et on est végétarien dans ces communautés donc on essaie d’avoir un respect du vivant. J’étais pour ma part maraîcher pendant six ans, travaillant la terre tous les jours avec ce lien spirituel à la création, cette contemplation et cet engagement au service d’un idéal qui me tient à cœur, du respect du vivant, du respect de la Création. Ce sont des communautés œcuméniques, donc catholiques, protestants, orthodoxes qui vivaient ensemble Et qui célébraient ensemble un certain nombre de célébrations et puis le dimanche on se séparait pour aller chacun dans son Église, dans sa confession, donc on avait aussi cette reconnaissance de l’autre dans sa différence et d’approfondissement de sa propre foi. Et puis ce sont des communautés non violentes, c’est à dire qui cherchent à avoir recours à des outils de médiation, d’écoute, de réconciliation, de pardon, tout cela au quotidien. Toute communauté suscite des conflits, celles et ceux qui vivent en communauté le savent, mais il y a des moyens évangéliques, il y a des moyens non violents pour essayer de traverser, de surmonter ces conflits. Là j’ai beaucoup appris pendant cette période, pendant ces six années. Et puis je dirais d’une façon générale ces communautés de l’Arche de Lanza del Vasto, fondées en 1948. Vous voyez, il y a plusieurs générations qui se sont succédées dans ces communautés, qui ont expérimenté la non-violence sur plusieurs générations. Elles essayent de pratiquer la non-violence dans tous les aspects de la vie, pas seulement au niveau des engagements sociaux, mais aussi au niveau éducatif, au niveau de la médecine, au niveau de l’alimentation, au niveau du rapport à la terre, au niveau des relations entre les personnes, au niveau des prises de décisions. Les prises de décisions se prennent toujours par consensus, après avoir consulté, travaillé avec chacun, sur ses peurs, sur ses réactions face à une décision à prendre. Donc il n’y a pas un gourou, il y a des décisions qui sont prises tous ensemble par l’écoute des uns et des autres. Donc la non-violence pratiquée dans tous les aspects de la vie. Et pour ce qui concerne la vie spirituelle, donc une vie de prière, alternance entre travail et prière, des communautés rurales qui essayent comme les ashrams de Gandhi, de produire ce dont on a besoin, en révisant ces besoins, en essayant de vivre le plus simplement possible, en fonction des besoins réels que nous avons.
Et il y a juste un point de la vie spirituelle que j’aimerais souligner, c’est ce que l’on appelle le rappel. Le rappel, c’est une institution qui, toutes les heures de la journée… On vivait dans un monastère, un ancien monastère cistercien, et donc il y a une cloche. Et à chaque heure de la journée, pendant le travail, la cloche sonne, et tout le monde s’arrête dans un temps de silence, d’intériorisation, de prière silencieuse. Et puis on reprend le travail. On reprend le travail ensemble. J’étais au jardin, j’avais toujours des équipes avec moi pour m’aider. J’étais responsable du jardin, mais j’avais toujours des stagiaires, parfois au jardin, on était jusqu’à 25 avec les gens qui passaient, à travailler ensemble. Et donc on s’arrête tous, on prend trois minutes de silence, d’intériorisation, et puis on se remet au travail. Et puis le vendredi, c’est un jour de jeûne et de silence, tous les vendredis toute l’année. Et donc on travaille ensemble en silence. C’est assez fabuleux, certains ont l’expérience de cela, de travailler ensemble en silence. Il y a la communication non-verbale qui permet quand même parfois de se dire des choses dont on a besoin, et puis le jeûne.
Et ça, pour moi ça a été, je l’ai vécu pleinement pendant six ans, mais après avoir quitté la vie communautaire pour commencer des études de théologie pour devenir pasteur, j’ai gardé certaines de ces choses. Pendant très longtemps, là je le fais moins, mais pendant très longtemps, je jeûnais tous les vendredis, je suis resté végétarien, ça fait 42 ans que je suis végétarien, et je pratique encore aujourd’hui de temps en temps, pas toutes les heures, c’est difficile, mais de temps en temps le rappel. Dès que c’est possible, eh bien je m’arrête en position verticale, et je me mets en prière. En tout cas, j’intériorise et j’essaye de me retrouver, de ne pas me laisser emporter par mes activités, ne pas me laisser emporter par le mouvement, par la recherche. Quand on travaille, on cherche une certaine efficacité, le rappel, c’est une manière de contempler, pour ne pas être enchaîné dans la recherche effrénée de l’efficacité.
Alors je pense que vous faites déjà par vous-même des parallèles avec Jacques Ellul, parce que, encore une fois, Jacques Ellul, je l’ai découvert après la vie communautaire, après la Nouvelle-Calédonie. Je l’ai vraiment découvert pendant mes études de théologie, donc une fois que j’ai quitté la vie communautaire, je suis resté en lien avec les communautés, j’y retourne régulièrement. En plus, maintenant, je viens d’être élu président de l’association des Amis de Lanza del Vasto, donc je retourne régulièrement en communauté, mais je vis dans le monde, comme on dit. Les communautés ne sont pas hors du monde, on avait à peu près 2000 visiteurs par an, donc on n’est pas vraiment isolé quand on vit dans ces communautés.
Mais voilà, maintenant j’ai un travail, j’enseigne à la faculté, mais j’essaye de garder cette discipline du rappel et puis de révision des besoins, ça je l’ai gardé. Je circule toujours en vélo, j’essaye de vivre le plus simplement possible. Et ça, lorsque j’ai rencontré Jacques Ellul, il a mis des mots sur des choses que je vivais déjà, en quelque sorte, et ça m’a permis de formaliser, ça m’a permis d’être plus au clair avec moi-même et avec mon propre cheminement. J’ai relu mon cheminement avec cette grille de lecture.
Et donc je suis resté engagé, mais j’ai appris (et j’avais appris avant, sans mettre le mot dessus), j’ai appris le dégagement, parce qu’il ne s’agit pas de s’engager pour s’engager. Dans les communautés, on avait des engagements dans le monde, à l’extérieur de la communauté, extrêmement forts, c’était à l’époque de la Première Guerre du Golfe, les années 1991-92, donc des engagements contre la guerre, des engagements pour la paix, par la non-violence. Les communautés servent aussi de lieu de ressourcement et d’entraînement pour qu’ensuite, quand on va dans des actions, on s’engage en étant au préalable préparé. C’est-à-dire qu’on fait des jeux de rôle, on travaille sur nos peurs, on se met en scène dans les situations, puis on travaille, on se dit : « Dans ce sociodrame, cet entraînement, là j’ai eu peur, pourquoi ? Qu’est-ce que j’aurais pu faire autrement ? »
Et notamment, on était très engagés dans la dénonciation des ventes d’armes, donc on faisait des intrusions dans des salons, comme le salon Satori, où on vend des armes. C’est une sorte de commando non-violent, on entrait séparés, puis on se retrouvait à l’intérieur du salon, et puis on essayait de monter sur les ailes des avions pour brandir des banderoles, il y avait marqué « stop aux ventes d’armes », on prenait des photos, on se faisait arrêter, et puis ensuite on transmettait les photos à la presse. Ce type d’action se préparaient dans les communautés, elles se préparaient précisément dans ce que Jacques Ellul appelle le dégagement. Il ne s’agit pas d’y aller : « Allez on y va, on est des activistes ». Bon c’est pas ça qui va arrêter la guerre, donc on peut se décourager. Mais on continue à y aller, pourquoi ? Parce qu’au préalable, on a travaillé sur nos peurs, et on a travaillé sur notre confiance dans le Christ, confiance, espérance en Dieu. Ce dégagement, de toute sorte, Jacques Ellul m’a permis de mettre un mot sur quelque chose que j’avais vécu pendant des années.
De même la non-puissance : la non-puissance je l’ai vécue avant de l’appeler ainsi. Jacques Ellul m’a permis de mettre cette expression qui est magnifique je trouve.
Alors petite parenthèse, l’Eglise dont je suis ministre, l’Eglise protestante unie de France a eu en 2021 un synode consacré à l’écologie où Jacques Ellul a été la référence permanente, c’était un précurseur de l’écologie, dès 1935 il écrit ses premiers textes sur l’écologie, il n’y a pas beaucoup d’écologistes en France en 1935, la référence pour les protestants c’est Jacques Ellul, et pas que pour les protestants. Lors de ce synode, on a discuté sur ce concept de non-puissance. Et puis il y en a qui trouvaient que c’était négatif : non-puissance ça fait non comme non-violence, alors on a proposé de changer ce terme en puissance retenue, ce qui veut dire la même chose, les textes du synode de 2021 parlent de la puissance retenue : qu’est-ce que l’éthique chrétienne par rapport à l’écologie ? C’est la puissance retenue, c’est à dire nous sommes en capacité de faire, mais c’est pas pour ça qu’on va le faire, parce qu’il y a quelque chose de plus important. Nous ne faisons que ce que nous décidons de faire en vertu de la vie et de l’amour et non pas en vertu de la puissance.
Et donc cette non-puissance, moi je la vis depuis que je suis adolescent, quand je fais des choix, je pourrais faire des quantités de choses mais c’est pas pour ça qu’il faut que je les fasse. Nous vivons dans un pays nanti, dans un pays où il y a des capacités incroyables, mais c’est pas pour autant qu’il faut se vautrer, qu’il faut se jeter dans toutes les possibilités. Et donc j’essaie de réviser mes besoins, de voir ce dont j’ai vraiment besoin et d’être solidaire avec ceux qui ont moins que moi. C’est comme ça que je vis la non-puissance.
Et enfin, l’espérance, pour moi, Jacques Ellul me rejoint ici dans cette dialectique entre espoir, désespoir et espérance, parce que je trouve cette dialectique est très éclairante. Tant qu’on est dans l’espoir, dans l’espoir qu’avec notre capacité d’innovation, notamment d’innovation technologique, nous allons nous en sortir, ce que Jacques Ellul disait c’est que la technique en réalité elle est toujours ambivalente : elle produit des bienfaits, c’est incontestable, elle produit une augmentation du confort, des conditions de vie. Et en même temps, en nous apportant tous ces bienfaits, elle nous donne de façon indissociable des catastrophes. Et on ne peut pas avoir une innovation technique sans avoir et les bienfaits et les catastrophes. Et donc ne pas être optimiste, je ne vous demande pas d’être ainsi, mais personnellement je ne peux plus être optimiste quand je vois le monde tel qu’il va, tel qu’il ne va pas, parce que je vois que toutes les meilleures intentions sont toujours à double tranchant.
On pourrait dire : l’intelligence artificielle, on peut prendre cet exemple d’actualité, l’intelligence artificielle, le discours officiel c’est de dire que c’est une technique neutre, la neutralité de la technique, on va prendre les aspects positifs, on ne va pas prendre les aspects négatifs de l’intelligence artificielle. Jacques Ellul défend l’idée que la neutralité de la technique est une illusion totale, et il oppose donc l’ambivalence. C’est pas la même chose, la neutralité ça veut dire que nous sommes en capacité de choisir les aspects positifs et ne pas prendre les aspects négatifs.
Et bien pour Jacques Ellul, l’intelligence artificielle, dont il parle déjà dans « Le bluff technologique » en 1988, il parle de nombreuses pages à l’intelligence artificielle, qu’il connaissait déjà d’avance, il dit : « L’intelligence artificielle, comme toutes les innovations techniques, va apporter des bienfaits et en même temps, et de façon absolument indissociable, des catastrophes ». Et qu’on aura les deux et pas seulement les premières. Et bien c’est ça qui m’a vacciné contre tout espoir et m’a porté à travers le désespoir vers l’espérance.
Parce que je pense, et je suis là très convaincu par Jacques Ellul, je pense que les êtres humains avec leur capacité humaine, leur capacité technique, leur capacité politique, ne peuvent produire que des ambivalences, que des œuvres qui sont foncièrement ambivalentes. L’être humain n’est pas en mesure de promouvoir quelque chose qui soit purement positif. Et que ce n’est donc qu’en se remettant à Dieu, qu’en s’appuyant sur les promesses de Dieu, qu’il nous a promis sa présence.
C’est pour ça que je prie, Jacques Ellul était un homme de prière, pour ma part, j’essaye d’être aussi dans cette prière-là, de m’en remettre à Dieu. Non pas pour attendre qu’il intervienne comme un magicien, ou pas non plus pour attendre la fin des temps, mais pour qu’il me fortifie, pour qu’il m’éclaire, pour qu’il m’invite à une présence au monde qui soit donc une présence d’espérance, non pas d’espoir, et pas non plus de désespoir. Voilà, c’est en cela que Jacques Ellul me nourrit et me nourrit chaque jour, je dirais. Je le lis très régulièrement, j’enseigne sa pensée, j’ai écrit huit livres à son sujet, donc je suis vraiment très reconnaissant pour cet homme, que je n’ai pas connu. Je suis plein de gratitude envers lui, et Jacques Ellul lui-même disait « j’ai beaucoup essayé de choses et j’ai beaucoup eu d’échecs dans ma vie, mais s’il y a eu une personne, au moins une personne, qui grâce à mon témoignage a rencontré le Christ, alors j’en serais heureux et plein de gratitude ». Je pense qu’il a permis à plus qu’une personne de rencontrer le Christ, j’en connais quand même un certain nombre qui ont rencontré le Christ grâce à son témoignage, et pour ma part, je suis effectivement plein de gratitude envers Jacques Ellul, mais lui-même me renvoie à un autre, et c’est envers notre Père Céleste que je suis dans l’action de grâce, dans la reconnaissance totale, et chaque jour je le loue pour ce qu’il a fait dans ma vie. »
La non-puissance
Avec Frédéric Rognon, nous abordons aujourd’hui le thème de la non-puissance, qui est la capacité de faire des choses et le choix…
L’espérance
Découvrons aujourd’hui le troisième volet de la conférence de Frédéric Rognon sur l’espérance, qui diffère de l’espoir car il repose sur les…
Le dégagement
Avec Frédéric Rognon, nous abordons aujourd’hui le thème de l’engagement. L’engagement, ça consiste à donner de son énergie pour que le monde…
Jacques Ellul: penser l’espérance aujourd’hui
Pour ce nouveau parcours d’Avent « L’espérance vient », nous avons choisi de nous adosser à la conférence de Frédéric Rognon « Foi et engagement…
