L’espérance

Découvrons aujourd’hui le troisième volet de la conférence de Frédéric Rognon sur l’espérance, qui diffère de l’espoir car il repose sur les promesses de Dieu.

Aujourd’hui, écoutons Frédéric Rognon nous parler de la deuxième attitude de Jacques Ellul face aux crises écologiques et sociales : l’espérance.

Cette conférence a été organisée par la Communauté du Puits de Jacob dans le cadre du Temps pour la Création 2025 et a eu lieu le 3 octobre 2025 à l’église Saint Jean de Strasbourg.


Retranscription de la version audio

Face à l’attitude optimiste, face à ceux qui croient qu’avec l’innovation technique, qu’avec la politique, qu’avec les capacités humaines, on va s’en sortir, on va traverser les crises, là il va développer aussi une dialectique à trois termes : l’espoir, le désespoir et l’espérance.

Et pour lui ce n’est pas la même chose, l’espoir et l’espérance. L’espoir, c’est la perspective d’une amélioration grâce à nos capacités humaines. Le désespoir, c’est le renoncement à toute perspective, tout est bouché, il n’y a plus d’avenir. Et l’espérance, ce n’est pas l’espoir, c’est même pour Jacques Ellul le contraire de l’espoir. C’est-à-dire que l’espérance suppose le désespoir, paradoxalement. L’espérance suppose qu’on n’a plus d’espoir. C’est comme si on était dans une pièce éteinte, sans aucune lumière : celui qui a de l’espoir il voit encore un rai de lumière par la lucarne, et celui qui est dans le désespoir il n’y a plus aucune perspective, donc il n’y a plus aucune lumière. Et bien l’espérance surgit quand il n’y a plus de lumière.

Alors qu’est-ce que c’est que l’espérance, quelle est la différence entre l’espoir et l’espérance, entre l’optimisme et ce qu’il appelait le pessimisme débordant d’espérance ? Il disait : « Je suis un pessimiste débordant d’espérance. Je ne suis pas un optimiste, je n’ai pas d’espoir, mais j’ai l’espérance qui repose sur mon pessimisme ou qui repose sur un désespoir que je vais surmonter, que je vais traverser ». Quelle est la différence entre l’espoir et l’espérance ?

Et bien l’espérance ne repose pas sur les capacités humaines, sur la confiance dans notre capacité d’innovation, notamment l’innovation technique, ne repose pas dans le crédit que l’on peut faire à l’être humain, l’espérance repose sur les promesses de Dieu, donc c’est une catégorie théologique alors que l’espoir est une catégorie profane. Or qu’est-ce que Dieu nous a promis ? Si on relit les textes bibliques, on ne voit pas que Dieu nous a promis la fin de la crise écologique, la fin du dérèglement climatique, la fin de la guerre en Ukraine ou au Proche-Orient, l’absence de toute crise sanitaire, la traversée de la crise économique ou sociale, rien de tout ça ne nous est promis. Ce qui nous est promis, ce sont deux choses : le Royaume à la fin des temps, et donc l’espérance concerne le Royaume, mais pour Jacques Ellul, l’espérance ne concerne pas seulement la fin des temps, l’espérance c’est pour aujourd’hui, demain et après-demain. Et qu’est-ce que Dieu nous a promis pour aujourd’hui, demain et après-demain ? Matthieu 28, 20 : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». C’est-à-dire que Dieu nous a promis sa présence en Jésus Christ. Et c’est ça son espérance qui est tout à fait différente de l’espoir : ce n’est pas d’attendre que Dieu avec une baguette magique vienne régler la situation, ni qu’on doive passivement, si on est chrétien, attendre la fin des temps et puis ça ira mieux après la mort… Le Royaume, c’est pas ça, c’est d’être convaincu que Dieu est avec nous, y compris et peut-être surtout dans les catastrophes, avec les catastrophes, qui pour Jacques Ellul vont se multiplier, vont devenir de plus en plus sévères, il avait prévu au XXIe siècle des catastrophes dont certaines se sont produites et dont d’autres ne se sont pas encore produites, c’est pour ça que ça fait un peu froid dans le dos quand on lit les livres sociologiques de Jacques Ellul : « aïe aïe aïe, qu’est-ce qui nous attend ? » Ce qui nous est déjà arrivé, il l’avait prévu, étonnamment, ce qui nous est arrivé après sa mort et depuis 1994, toute une série de choses qu’il avait annoncées, mais il a annoncé aussi des catastrophes à venir. Eh bien pour affronter ces catastrophes, nous sommes portés, tenus par un Dieu en Jésus Christ qui nous aime et qui ne nous lâchera pas. C’est ça l’espérance. Vous voyez ce n’est pas facile, on préférerait quelque chose de plus agréable.

C’est très exigeant l’espérance, ça veut dire que les catastrophes elles sont là, ça veut dire que les défis ils vont pas disparaître comme ça. En revanche, nous allons rester debout, nous allons rester dans une dignité, nous allons rester tenus par notre Dieu et nous allons pouvoir témoigner auprès de nos contemporains qui sont tous partagés entre l’espoir et le désespoir et sans doute de plus en plus dans le désespoir, nous allons pouvoir témoigner de cette espérance. Nous sommes tenus, portés par un Dieu qui nous aime et qui ne nous lâchera pas, qui ne fera pas le travail à notre place, qui nous demande de nous engager mais qui est présent. C’est donc la présence de Dieu en Jésus Christ qui nous est promise, en plus du Royaume qui viendra à la fin des temps.

Pistes pour continuer

Ai-je déjà fait l’expérience que Dieu est avec moi dans ce que je vis, dans les difficultés comme dans les moments heureux ?


Rendez-vous mardi prochain pour la suite de cette conférence : la troisième attitude de la non-puissance.


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