Avec Frédéric Rognon, nous abordons aujourd’hui le thème de l’engagement. L’engagement, ça consiste à donner de son énergie pour que le monde soit meilleur. Le désengagement, ça consiste à ne rien faire, par découragement. Pour Jacques Ellul, la démarche chrétienne c’est le dégagement, ou ce qu’il appelle aussi l’engagement dégagé.
Après une introduction sur la vie et la pensée de Jacques Ellul, voici donc la suite de la conférence de Frédéric Rognon, disponible en audio et en texte (5 minutes):
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Cette conférence « Foi et engagement écologique » a été organisée par la Communauté du Puits de Jacob dans le cadre du Temps pour la Création 2025 et a eu lieu le 3 octobre 2025 à l’église Saint Jean de Strasbourg.
Rendez-vous mardi prochain pour découvrir la deuxième attitude développée par Jacques Ellul : l’espérance !
Retranscription de la version audio
« À ceux qui s’engagent, et à l’époque il y avait beaucoup de militants, les années 1960, 1970, la jeunesse était très révolutionnaire, militante, activiste. Face à l’engagement, il a une dialectique à trois termes. Il propose de mettre en jeu trois concepts : l’engagement, le désengagement et le dégagement.
L’engagement, ça consiste à militer, à donner de son temps, de son énergie, pour que les choses bougent, pour que le monde soit meilleur.
Le désengagement, ça consiste à ne rien faire, par découragement. Et encore une fois, des militants, j’en connais beaucoup qui il y a 20 ans étaient très militants, puis aujourd’hui sont plutôt dans le désengagement, dans la résignation.
Et Jacques Ellul proposait un troisième terme qui pour lui correspond à la démarche chrétienne : c’est le dégagement, ou ce qu’il appelle aussi l’engagement dégagé, qui n’est ni l’engagement pour l’engagement, ni le désengagement.
C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas de s’engager à tout prix en pensant que le sort de la planète repose sur nos épaules. On va pouvoir faire quelque chose et on va donner de soi, parce qu’on sait bien que les défis sont tels qu’on risque bien de s’épuiser. Et donc les échecs peuvent conduire, à l’inverse, au désengagement.
Il ne s’agit pas non plus d’être désengagé, c’est-à-dire d’être complètement désespéré par les échecs, il ne s’agit certainement pas de ne rien faire, d’attendre la fin des temps, et de profiter au maximum. « Mangeons et buvons car demain nous mourrons », dit le psalmiste. Est-ce que les chrétiens sont appelés à rester dans leur tour d’ivoire, à se désengager ? Certainement pas. Mais ce qu’il propose, c’est le dégagement.
Qu’est-ce que le dégagement ? Eh bien c’est un engagement, mais un engagement qui repose sur une libération préalable. Et pour Jacques Ellul, nous sommes libérés en Christ. Lorsque nous sommes chrétiens, nous sommes libérés à différents niveaux, mais nous sommes surtout libérés à l’égard de soi-même. C’est ça la libération en Christ, ce n’est pas seulement d’être libéré à l’égard d’une contrainte extérieure, mais c’est être libéré à l’égard de soi. Le Christ nous libère de nous-mêmes, et notamment nous libère de cette obsession d’efficacité. Quand on est militant, quand on est activiste, nous sommes arcs boutés sur la réussite, sur le fruit de notre action, on veut absolument y arriver, et du coup, quand il y a des échecs, on s’effondre et on est désespéré.
Eh bien, c’est précisément la libération en Christ qui nous permet d’être toujours debout, de nous relever après chaque échec, parce qu’au préalable, nous sommes libérés de nous-mêmes et de notre obsession, de notre focalisation sur l’efficacité. Si ce n’est pas efficace, alors on s’effondre. Si on est libérés en Christ, nous ne nous effondrons pas face à une déconvenue, à un échec. Nous pouvons nous relever.
Je donnerai juste un exemple dans la vie de Jacques Ellul, que j’ai évoqué tout à l’heure. Il s’est opposé à la construction d’une centrale nucléaire dans l’estuaire de la Gironde, avec un comité de résistance. L’échec était latent, la centrale s’est construite et les militants écologistes se sont réunis pour un baroud d’honneur : « et voilà, on a échoué ». Jacques Ellul n’avait jamais peur de témoigner de sa foi chrétienne, même devant des gens qui n’étaient pas spécialement chrétiens, voire certains étaient anti-religieux parmi les militants. Pendant ce dernier rassemblement, il a pris la parole en disant : « Nous avons échoué, mais nous allons nous relever, parce que moi, effectivement, je n’ai plus d’espoir que notre combat puisse mener à la victoire, mais je suis chrétien et j’ai une espérance qui va m’amener à me relever ». Et donc il a témoigné de sa foi en Jésus Christ qui va donc l’amener à s’engager ailleurs. Il s’est engagé pour la côte d’Aquitaine et là, il y a eu une victoire.
Vous voyez, pour lui, être dégagé, être bénéfice de ce dégagement préalable, de cette libération en Christ, ce qu’il appelle la liberté en Christ, eh bien, c’est ce qui lui permet de se relever malgré les échecs et de ne pas sombrer dans le désespoir. »
Pistes pour continuer
Et moi, ai-je déjà expérimenté des échecs dans un engagement ? Qu’est-ce qui m’a aidé à me relever, à continuer ma route ? Quelles expériences ai-je faites d’être libéré du désir d’efficacité ?
Rendez-vous la semaine prochaine pour découvrir la deuxième attitude développée par Jacques Ellul : l’espérance !
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