Connaissez-vous Edgar Morin ?

Véronique Vignon, Communautaire, a été responsable de l’Unité de Soins Palliatifs à la Clinique de la Toussaint à Strasbourg. Aujourd’hui, elle revient sur les propos du sociologue Edgar Morin sur la fin de vie.

La fin de vie revient à l’ordre du jour, le président Macron évoque le sujet dans un cercle proche de l’Association pour le Droit de Mourir dans la DIgnité (ADMD), le Conseil Consultatif National d’Ethique (CCNE) publie son avis très attendu sur le suicide assisté. 

Edgar Morin a eu 100 ans cette année (2022).

La pensée de ce sociologue sur notre rapport à l’incertitude a éclairé notre réflexion d’équipe au sujet  de certaines demandes d’euthanasie en soins palliatifs : « Je suis persuadé que l’on peut et doit vivre avec de l’incertitude. La vie est une navigation sur un océan d’incertitude à travers des archipels de certitude. La mort, chacun en est certain, mais nul n’en connaît la date ou les circonstances. »1

Là naît l’angoisse : quand, comment, où avec qui ? Dites-moi, il faut que je sache… En médecine, pas de prédiction honnête possible ; le seul apaisement serait-il alors de maîtriser cet avenir pour répondre enfin : vous mourrez tel jour, à telle heure, entouré, en douceur.

Edgar Morin évoque ensuite une autre issue à l’angoisse de l’incertitude : « A mon sens la riposte est la communion, la communauté, l’amour, la participation, la poésie, le jeu… toutes ces valeurs qui font le tissu même de la vie. » 

Ainsi la confiance nourrie de relations et de « retrouvailles » avec la valeur du quotidien apaiserait l’angoisse de l’incertitude, bien plus que de nouvelles certitudes.

Gabriel Ringlet a vécu lui aussi dans l’accompagnement d’une amie  la découverte de ces petits riens qui risquent d’être oubliés ou balayés par l’épreuve : « Quand la gravité frappe à la porte, on ouvre tout doucement, et derrière la porte on découvre le quelconque et on le fait entrer. On lui dit de s’asseoir et l’on s’aperçoit très vite que le quelconque vient de l’immense, qu’ils sont proches parents, qu’ils habitent la même rue. »2

J’ai été très touchée à la lecture de ces simples mots qui confirment ce que nous voyons dans les services de soins palliatifs : une place gardée parmi les autres avec persévérance et tendresse, la beauté d’une chambre même à l’hôpital, la bonté et la bienveillance dans des traitements pénibles, le soin des détails, l’attention aux petites choses de l’ordinaire et à leur rythme banal apaisent, consolent, permettent une trêve dans l’angoisse et la détresse et font peut-être plus encore, car nul ne connaît le mystère du chemin de l’autre. 


1 Edgar Morin, Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur, Paris, Seuil, 1999.
2 Gabriel Ringlet, Ceci est ton corps, Paris, Albin Michel, 2014.

Véronique Vignon


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