Quelle action de grâces demeure 20 ans après? (3ème partie)

Dans notre série autour des 20 ans de la Communauté au Togo, nous poursuivons notre découverte du témoignage de Caroline Stoll, après les première et deuxième parties. Caroline chemine aujourd’hui avec son mari Yvan vers un engagement en communauté. Elle a passé 2 ans au Togo de 2002 à 2004.

Notre petite fraternité avait de quoi s’occuper.  Il y avait cette maison à construire… Cécile, Bertrand et Claude étaient sur le chantier tous les jours, tous les matins. Moi pas, pour qu’on n’y soit pas tous, tout le temps. Si au départ j’ai pu avoir la sensation d’être mise de côté, j’y ai rapidement trouvé des avantages. D’une part, comme j’y allais quand même une fois par semaine, le jeudi, et je constatais, semaine après semaine, combien les travaux avançaient vite, finalement ! je n’avais jamais suivi de chantier en France, mais je me souviens bien combien j’étais impressionnée par cette mer de briques, le long du chantier. Les parpaings étaient réalisés, démoulés, et entreposés sur place. (pour un bâtiment de 1000 m² au sol : il en fallait un paquet !!! ) et il fallait les laisser sécher… et les murs montaient, et il y en avait de nouveau toujours autant ! Il y a eu aussi ces incroyables chaînes de seaux de bétons, pour couler les dalles : pas de camion toupie, juste deux bétonnières, (une de chaque côté du bâtiment), une quinzaine de brouettes (sur le “plancher” de coffrage), l’échafaudage où les seaux passaient de mains en mains entre la bétonnière et les brouettes, sous les feux de puissants projecteurs. 24h de relai non-stop pour couler cette dalle, dont une douzaine de nuit ! incroyable ! Et que dire de la forêt d’étais pour soutenir cette dalle ? Le chantier avait pris du retard en raison de la difficulté, entre autres, de fournir tout ce bois de coffrage, tous ces étais…

Et puis il y avait tout le travail pour meubler et équiper cette maison. Pas d’Ikea, ni de Conforama… quand tu veux un meuble, tu commences par chercher du bois, sec de préférence, puis un artisan. Tu viens avec ton modèle, tu te mets d’accord avec lui sur le montant à payer, sur la date de “réception” et tu reviens chercher ta commande quand elle est prête… c’est moins “immédiat”, il faut s’attendre à des délais, mais du coup, c’est aussi du “sur mesure”.  Il faut choisir les tissus, les mousses de rembourrage… ça occupait aussi… Il existe une expression africaine plutôt amusante sur le “temps”, quand on est européen et qu’on a l’habitude du “ tout et tout de suite”, et qu’il faut apprendre à prendre son mal en patience, les togolais disent : “vous, les européens, vous avez les montres, nous, on a le temps”.


C’est un vrai apprentissage d’apprendre à ne plus calculer, compter, rationaliser, pour accueillir ce que le Seigneur nous propose.

Togo, terre de conversion !

En plus de la construction de la maison, nous avions un autre grand chantier :  construire un réseau relationnel de frères et sœurs autour de nous. Il y avait des rencontres avec les frères et sœurs du Renouveau charismatique, chaque quartier de Sokodé ayant son propre groupe de prière charismatique. Nous “visitions” aussi les différentes réalités ecclésiales, les dispensaires, les congrégations religieuses, les presbytères, nous participions aux rassemblements proposés. Parfois par hasard : je me souviens que nous sommes restés au mariage de quelqu’un que nous ne connaissions pas, simplement parce que nous étions là ce jour là pour faire “voir du pays” à des amis qui étaient de passage, et les mariés ont insisté pour que nous restions pour le repas et la fête ! c’était juste incroyable pour moi (6 inconnus qui se rajoutent à la noce !), mais “normal” pour eux. Au contraire, ils se disaient honorés que nous restions, notre présence étant perçue comme une bénédiction ! c’est un vrai apprentissage d’apprendre à ne plus calculer, compter, rationaliser, pour accueillir ce que le Seigneur nous propose. Togo, terre de conversion ! On a tellement l’habitude de mesurer, de comptabiliser, pour gagner… du temps ? de l’efficacité ? “Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu.” 


Cette première année au Togo a aussi été pour moi un vrai temps de formation. J’ai énormément lu, j’ai énormément appris. Je ne suis pas une lectrice assidue, mais il faut bien avouer que lire occupe avantageusement le temps, spécialement quand il n’y a plus de courant (et que tout projet “informatique” devient caduque)… Nous partions aussi une fois par semaine en exploration avec Sr Cécile, à pied, dans les différents quartiers. C’était des moments assez épiques, mais que de belles rencontres en chemin…

J’étais aussi devenue très forte en botanique tropicale. Une partie de mon temps servait à rédiger le “journal de bord”, pour laisser une trace de nos avancées /aventures…

Un jour, le piano (électrique) de Cécile est arrivé. Ça a été l’occasion pour moi de m’y “remettre”, et de me mettre à chanter un peu plus… Cette année a été tellement étonnante. 


Un événement important pour moi a eu lieu quelques semaines après notre arrivée. En acceptant ce projet de venir au Togo, je savais que je partais pour au minimum 2 ans. D’une certaine façon, on parle d’un déménagement… si je n’emportais pas de meubles, j’avais sélectionné un certain nombre d’affaires “précieuses à mon cœur”, qui ne voyageraient pas en avion avec moi, et qui étaient parties 1 mois plus tôt par container. Toute ma petite vie réduite à une cantine et 4 cartons… vêtements, photos, petit électroménager… que sais-je… des choses plus ou moins utiles… des choses auxquelles je tenais et que je ne pouvais pas laisser… Dans la cantine, les choses précieuses et fragiles, dans les cartons, des affaires moins “importantes”… 

Avec Claude, nous avions rejoint Cécile et Bertrand juste après Pâques… on était dans ce temps entre Pâques et Pentecôte, portés par les lectures des Actes des apôtres, par la joie d’être arrivés, par l’élan de notre nouvelle fraternité qui commençait, par la louange “à tout va”…  Tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Et puis le grand jour est arrivé : le container était arrivé sur Lomé… encore qq jours de patience, et les “affaires” personnelles seraient là, donnant au séjour un caractère moins provisoire… et ce jour-là, en faisant le compte des “paquets” arrivés :  oups…  il manque une cantine… il manquait ma cantine

Il m’a fallu faire le choix de “continuer”, de recommencer la louange, de recommencer à dire au Seigneur que je mettais ma confiance en lui, qu’Il restait mon Seigneur, et que je voulais continuer à marcher à sa suite au Togo.

C’était le chemin de la paix.

Quelques coups de fils : si si, les deux cantines étaient bien arrivées à Lomé, les deux cantines étaient bien re-parties de Lomé, mais une seule était arrivée (celle de Claude), et la bâche du camion s’était déchirée… mon cœur aussi… tristesse, colère, incompréhension, rancœur… tout ce flot d’émotions négatives venait bouleverser l’aventure… je ne me connaissais pas matérialiste à ce point… limite j’en avais honte … l’action de grâce s’était tarie dans mon cœur et dans ma tête… je me sentais “amputée”… et pourtant, le soleil brillait toujours autant, les gens nous souriaient toujours autant, la vie continuait… l’amour du Seigneur se donnait encore, toujours, mais moi, j’en étais un peu moins persuadée…  Il m’a fallu un peu de temps pour “digérer” le « drame »… je ne me souviens pas d’un évènement particulier, ni d’une parole qui m’ait remise en route, mais je me souviens qu’à un moment donné, il m’a fallu faire le choix de “continuer”, de recommencer la louange, de recommencer à dire au Seigneur que je mettais ma confiance en lui, qu’Il restait mon Seigneur, et que je voulais continuer à marcher à sa suite au Togo. C’était le chemin de la paix. Et deux ou trois semaines plus tard, contre toute attente, un matin, nous avons reçu un coup de fil d’une association humanitaire indienne qui travaillait sur Lomé, et qui avait “récupéré” ma cantine quand ils l’ont vue tomber du camion suite à un nid de poule… !?!  Surréaliste !! c’est juste qu’ils n’avaient pas eu le temps de s’en occuper plus tôt et qu’il leur avait fallu un peu de temps pour nous retrouver. (Les moyens de communication et internet n’étaient pas aussi développés à l’époque, et surtout nous n’étions pas encore implantés non plus ! j’ai rendu grâce à Dieu pour leur ténacité !)  Incroyable ! là, pour le coup, quand on dit que le Seigneur peut tout !? 

Cette aventure-là a été pour moi une belle façon d’apprendre à me détacher du “matériel”… que cette cantine « réapparaisse » !? tout au plus on pouvait timidement l’espérer, mais qui y aurait cru ? Quelle leçon de confiance ! jamais facile à vivre sur le moment, mais je reste persuadée que quand on choisit le Seigneur, Il répond. Il nous ouvre des chemins que nous ne soupçonnions pas, il marche avec nous. Tout est dans sa main. Confiance. TTC ! 

Caroline


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2 commentaires sur « Quelle action de grâces demeure 20 ans après? (3ème partie) »

  1. Magnifique! C’est vraiment le récit d’une épopée autant humaine que spirituelle! Merci Caro de nous faire plonger dans cette aventure qui continue aujourd’hui

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