L’espérance, un engagement en faveur du monde

Pour le parcours d’Avent « L’espérance vient », nous vous proposons chaque mercredi un texte à écouter, lire et méditer. Cette semaine : des extraits de l’intervention de Véronique Margron, op pour l’ouverture de la dernière Assemblée générale de la Conférence des religieux et religieuses de France (CORREF), dont elle a été présidente pendant deux mandats, affrontant à la fois le séisme de la Ciase et le vieillissement des congrégations.


« L’espérance, un engagement en faveur du monde ». Titre ambitieux s’il en est. Et pourtant c’est bien le cœur de nos existences à la suite du Christ, embarquées dans un monde à feu et à sang, polarisé comme jamais, où toute conversation peut devenir un affrontement. (…)

Aujourd’hui toujours la supplique du psalmiste hante les tragédies contemporaines : Où est-il ton Dieu ? (Ps 42, 11) Ou pour le dire comme Constantin Sigov, Où est le Créateur à l’heure du danger mortel ? [1]. Drames de nos proches, de nos communautés, de nos sociétés, de ce monde brisé. Espérance ô combien éprouvée. (…)

Il n’y a pas d’espérance chrétienne sans la conscience vive de la réalité telle qu’elle est : tragique, bouleversante, désarmante, magnifique. Il n’y a pas d’espérance sans la conscience de la vulnérabilité autant que de la force, sans le consentement à perdre nos illusions de puissance, de vérités trop rapides au profit de la souplesse de qui cherche avec d’autres.

L’espérance est pèlerine et nous assigne à prendre son chemin déterminé et humble. Elle est là notre espérance, lorsque nous regardons avec lucidité, sans esprit de comparaison, la vie, nos vies, nos congrégations, notre Église, nos sociétés, telles qu’elles sont aujourd’hui, et que nous confessons à cet endroit-là que notre Dieu est indéfectiblement avec nous. C’est là que se situe l’espérance qui nous décentre de nous-mêmes, de nos préoccupations légitimes et quotidiennes, vers l’intelligence de notre Dieu, vers le souci des autres, vers l’engagement que nous soyons des vivants, en faveur des plus malmenés de l’histoire. Oui, une « espérance sans évidence » comme le disait le frère Bruno Cadoré, il y a quelques semaines, à Paris. Une espérance alors d’autant plus nécessaire, vitale. Être ses témoins là où justement la vie est, où l’absurde guette. En fin de compte se tenir dans la tourmente du mal, de son abîme, de sa question sans réponse. Sans être englouti. ( …)

Là est ce que Bruno Cadoré nommait aussi « consoler l’espérance ».

Combattre le mal à la manière du Christ et déceler toutes les résistances du bien, tous les éclats de lumière, le bien qui est fait, la vie qui refuse d’abdiquer.

Toutes celles et ceux engagés en ce monde, en notre Église, avec nous dans nos missions et communautés et qui tissent du lien, construisent, imaginent, créent, restent disponibles. Espérer pour eux, avec eux. Espérer l’avenir, persévérer à le préparer, entrer en résistance d’humanité.

Véronique Margron, op.


[1] Constantin Sigov, Le Courage de l’Ukraine, avec la collaboration d’Anne Marie Pelletier, Cerf, 2023, p. 174


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Un avis sur « L’espérance, un engagement en faveur du monde »

  1. Merci pour ces qq lignes de Véronique Margron: ah ça fait du bien. C’est bon de sentir que l’Espérance est vigoureuse et fragile comme ces femmes togolaises qui traversent des gouffres et louent en dansant.

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