Lettre de Noël 2018


Certains ont pu lire récemment dans la presse le verdict d’une grande spécialiste du climat : oui, il est encore possible d’enrayer le réchauffement climatique, mais nous avons une quinzaine d’années, pas davantage, pour changer radicalement nos modes de vie. Quinze ans pour désapprendre tous ces comportements hérités surtout d’un XXe siècle qui pensait durer mille ans ! Quinze années pour en acquérir de nouveaux, de ceux dont nous nous étions bien gardés jusque-là, qu’on parle de covoiturage ou de colocation, de management participatif ou de démocratie participative, d’économie de proximité ou d’écologie intégrale ! Ce qui est certain, c’est que le temps de l’individualisme forcené de nos sociétés dites développées semble bel et bien terminé. L’avenir est au partage. J’entends encore le P. Laurent Fabre lancer dans un stade de 20 000 personnes son cri vibrant de prophétisme :

« Europe, si tu ne partages pas, tu mourras ! »

P. Laurent Fabre (Pentecôte sur l’Europe, Strasbourg, 1982)

D’autres ont pu découvrir avec crainte et tremblement qu’il existe dans le monde au moins 128 volcans d’indice 7 et une demi-douzaine d’indice 8, les pires, dont l’un ou l’autre pourrait bien exploser durant ce siècle et plonger la terre dans un hiver volcanique de plusieurs dizaines d’années. Aujourd’hui ils sont dits « dormants ». En fait, ils se rechargent patiemment en vue de la prochaine éruption. Le passage en phase éruptive s’étalant sur une dizaine d’années à peine, peu de temps est laissé à la « conversion » des personnes et des sociétés pour migrer vers des lieux moins hostiles et changer de modes de vie. Encore une menace environnementale qui nous pousse vers le partage : partage des territoires, de l’habitat, du travail, des ressources, du commerce, des langues et des cultures.

Sachant cela, pourquoi tarder ? Pourquoi faire dans l’urgence ou sous la pression quelque chose qui s’imposera de toute façon bientôt à tout le monde ? Si nous voulons survivre, il nous faut choisir dès à présent de partager et d’adopter de nouveaux modes de vie.

C’est en ce sens que la marche du monde rend aujourd’hui plus pertinente que jamais l’expérience communautaire que nous, et beaucoup d’autres avant nous et en même temps que nous, pas toujours chrétiens d’ailleurs, nous employons à développer année après année. Chaque semestre, cette Lettre ne témoigne-t-elle pas qu’un vivre autrement est possible et qu’il suffit d’être à quelques- uns – ce que nous sommes en réalité – pour avoir déjà un réel impact sur le monde qui est à notre portée ? Tant par sa vie que par sa mission, la Communauté cherche à rendre visible l’espérance que l’Evangile vécu ensemble ouvre à l’humanité tout entière.

«L’homme passe l’homme » pensait Pascal. Il est même « capable de Dieu », affirmait le grand saint Thomas d’Aquin. Par la contemplation du mystère de Dieu qui « a pris chair de la Vierge Marie », par l’expérience quotidienne de la vie d’un Autre en nous, par la fraternité en Christ vécue dans les larmes et dans la fête, nous avons acquis la certitude que l’homme est vraiment heureux quand il peut partager sa vie avec d’autres. Irais-je jusqu’à dire que l’homme atteint vraiment sa maturité lorsque par la puissance de l’Esprit il dépasse l’égoïsme de la chair et choisit de se donner en partage ?

Noël ? C’est Dieu qui partage sa divinité avec l’homme et c’est l’homme qui partage son humanité avec Dieu. Noël, c’est la Fête du Partage !

P. Bernard Bastian



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