Pour éclairer notre chemin vers Pentecôte, Monique Graessel (communautaire) et Carole Monmarché (alliée), vous proposent une lecture spirituelle des cinq épisodes des actes des apôtres. Aujourd’hui, nous nous penchons sur la manière dont l’Église naissante aborde la résolution des différends et des crises. La dynamique pour surmonter les conflits est d’emblée communautaire.
Image : La rencontre entre Pierre et Paul (Catacombes de Saint Sébastien, Rome, IVe siècle).
Ac 15, 1-35
01 Des gens, venus de Judée à Antioche, enseignaient les frères en disant : « Si vous n’acceptez pas la circoncision selon la coutume qui vient de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés. »
02 Cela provoqua un affrontement ainsi qu’une vive discussion engagée par Paul et Barnabé contre ces gens-là. Alors on décida que Paul et Barnabé, avec quelques autres frères, monteraient à Jérusalem auprès des Apôtres et des Anciens pour discuter de cette question.
03 L’Église d’Antioche facilita leur voyage. Ils traversèrent la Phénicie et la Samarie en racontant la conversion des nations, ce qui remplissait de joie tous les frères.
04 À leur arrivée à Jérusalem, ils furent accueillis par l’Église, les Apôtres et les Anciens, et ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux.
05 Alors quelques membres du groupe des pharisiens qui étaient devenus croyants intervinrent pour dire qu’il fallait circoncire les païens et leur ordonner d’observer la loi de Moïse.
06 Les Apôtres et les Anciens se réunirent pour examiner cette affaire.
07 Comme cela provoquait une intense discussion, Pierre se leva et leur dit : « Frères, vous savez bien comment Dieu, dans les premiers temps, a manifesté son choix parmi vous : c’est par ma bouche que les païens ont entendu la parole de l’Évangile et sont venus à la foi.
08 Dieu, qui connaît les cœurs, leur a rendu témoignage en leur donnant l’Esprit Saint tout comme à nous ;
09 sans faire aucune distinction entre eux et nous, il a purifié leurs cœurs par la foi.
10 Maintenant, pourquoi donc mettez-vous Dieu à l’épreuve en plaçant sur la nuque des disciples un joug que nos pères et nous-mêmes n’avons pas eu la force de porter ?
11 Oui, nous le croyons, c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous sommes sauvés, de la même manière qu’eux. »
12 Toute la multitude garda le silence, puis on écouta Barnabé et Paul exposer tous les signes et les prodiges que Dieu avait accomplis grâce à eux parmi les nations.
13 Quand ils eurent terminé, Jacques prit la parole et dit : « Frères, écoutez-moi.
14 Simon-Pierre vous a exposé comment, dès le début, Dieu est intervenu pour prendre parmi les nations un peuple qui soit à son nom.
15 Les paroles des prophètes s’accordent avec cela, puisqu’il est écrit :
16 Après cela, je reviendrai pour reconstruire la demeure de David, qui s’est écroulée ; j’en reconstruirai les parties effondrées, je la redresserai ;
17 alors le reste des hommes cherchera le Seigneur, oui, toutes les nations sur lesquelles mon nom a été invoqué, – déclare le Seigneur, qui fait ces choses
18 connues depuis toujours.
19 Dès lors, moi, j’estime qu’il ne faut pas tracasser ceux qui, venant des nations, se tournent vers Dieu,
20 mais écrivons-leur de s’abstenir des souillures des idoles, des unions illégitimes, de la viande non saignée et du sang.
21 Car, depuis les temps les plus anciens, Moïse a, dans chaque ville, des gens qui proclament sa Loi, puisque, dans les synagogues, on en fait la lecture chaque sabbat. »
22 Alors les Apôtres et les Anciens décidèrent avec toute l’Église de choisir parmi eux des hommes qu’ils enverraient à Antioche avec Paul et Barnabé. C’étaient des hommes qui avaient de l’autorité parmi les frères : Jude, appelé aussi Barsabbas, et Silas.
23 Voici ce qu’ils écrivirent de leur main : « Les Apôtres et les Anciens, vos frères, aux frères issus des nations, qui résident à Antioche, en Syrie et en Cilicie, salut !
24 Attendu que certains des nôtres, comme nous l’avons appris, sont allés, sans aucun mandat de notre part, tenir des propos qui ont jeté chez vous le trouble et le désarroi,
25 nous avons pris la décision, à l’unanimité, de choisir des hommes que nous envoyons chez vous, avec nos frères bien-aimés Barnabé et Paul,
26 eux qui ont fait don de leur vie pour le nom de notre Seigneur Jésus Christ.
27 Nous vous envoyons donc Jude et Silas, qui vous confirmeront de vive voix ce qui suit :
28 L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles-ci, qui s’imposent :
29 vous abstenir des viandes offertes en sacrifice aux idoles, du sang, des viandes non saignées et des unions illégitimes. Vous agirez bien, si vous vous gardez de tout cela. Bon courage ! »
30 On laissa donc partir les délégués, et ceux-ci descendirent alors à Antioche. Ayant réuni la multitude des disciples, ils remirent la lettre.
31 À sa lecture, tous se réjouirent du réconfort qu’elle apportait.
32 Jude et Silas, qui étaient aussi prophètes, parlèrent longuement aux frères pour les réconforter et les affermir.
33 Après quelque temps, les frères les laissèrent repartir en paix vers ceux qui les avaient envoyés.
35 Quant à Paul et Barnabé, ils séjournaient à Antioche, où ils enseignaient et, avec beaucoup d’autres, annonçaient la Bonne Nouvelle de la parole du Seigneur.
L’Église naissante, que l’on a parfois tendance à idéaliser, n’est pas exempte de différences, qui peuvent conduire à des différends. Le chapitre 15 des Actes commence et se termine par un conflit. Comment ce récit nous enseigne encore aujourd’hui ?
La jeune Eglise d’Antioche, dans son ouverture missionnaire qui la confronte au monde, traverse une grave crise. De « l’agitation », « une discussion assez vive » (v. 2) émergent, quant à la place et l’intégration des païens : « Si vous ne vous faites pas circoncire selon la coutume de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés. » (v. 1). Faut-il que les païens deviennent juifs ou la foi est-elle suffisante ?
Au lieu de commencer par une bonne nouvelle sur la gratuité du salut, certains posent des conditions. Cependant, la dynamique pour surmonter ce conflit est d’emblée communautaire.
La divergence est manifeste entre ces hommes descendus de Judée et Paul et Barnabé, qu’on envoie à Jérusalem auprès des apôtres et anciens pour examiner l’affaire. Mais, le débat initié à Antioche s’élargit aussitôt.
Les oppositions initiales n’empêchent donc pas un « rassemblement » (v. 6) autour de Pierre et Jacques, « une longue discussion » (v. 7), une écoute née du silence (v. 12), des prises de parole et des réponses (v. 13-14), au final, une décision en vue d’un meilleur vivre-ensemble, que Jacques énonce ainsi : « Je suis d’avis qu’il ne faut pas tracasser ceux des païens qui se convertissent à Dieu » (v. 19). Pierre, s’appuyant sur son expérience de l’Esprit Saint dans la maison de Corneille (vision d’Actes 10), essaie de trouver l’attitude juste. Il veut toucher les coeurs et ce mot revient plusieurs fois dans son discours : « Dieu qui connaît les coeurs, a témoigné en leur faveur (les païens), en leur donnant l’Esprit Saint tout comme à nous. Et il n’a fait aucune distinction entre eux et nous, puisqu’il a purifié leur coeur par la foi. » (v. 8-9). Les mots de Jacques, s’appuyant sur les Ecritures, cherchent le consensus. Le prophète Amos qu’il cite, annonce qu’il reconstruira la maison de David « afin que le reste des hommes cherchent le Seigneur » (v. 17)
Il ne s’agit pas de convaincre ou d’imposer mais d’ouvrir la porte, de proposer le dialogue et de chercher ensemble la vérité.
C’est fondamental pour la vie de l’Église.
Cette crise est profonde. Elle « a jeté le trouble et bouleversé les esprits » (v. 24). Lorsque les décisions sont prises avec le coeur et en tenant compte de l’autre, en essayant de sentir ce qui le fait souffrir et ce dont il a besoin, des chemins s’ouvrent et des solutions se présentent. C’est pourquoi, la dissension porte un premier fruit déterminant pour l’avenir de l’Eglise. Une lettre de Jérusalem, confiée à Paul et Barnabé, contient cette formule décisive et bien connue : « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas vous imposer… » (v. 28). Le consentement des communautés est requis mais le tournant pris à Jérusalem est fondateur : l’Eglise ne sera plus un groupe juif ne pouvant se développer qu’auprès de ceux qui observent la loi de Moïse. Elle restera désormais toujours ouverte sur l’universel.
Qui a fait ces merveilles ? Les personnes car il est question de « frères » (v. 3 et 7), de « multitude » (v. 12 et 30), de « toute l’Eglise » (v. 22) et d’un « nous » harmonieux, qui émerge (v. 24 et 28)… mais bien sûr également l’Esprit Saint. Il « encadre » le récit, présent au début (v. 8) et à la fin (v. 28), cet Esprit qui va bien au-delà des pratiques religieuses et est donné à tous, qui opère dans la concorde mais aussi à travers les divergences humaines.
La joie de la communauté d’Antioche confirme que l’Esprit est bien à l’oeuvre. Universalité et unité ne s’opposent pas. De fait, l’unité n’est pas uniformité mais dialogue et accueil de la différence, communion dans la diversité.
- Et moi, comment je gère les conflits ? Suis-je persuadé(e) qu’une crise peut être un lieu de décision et de croissance ? Est-ce que je fais l’expérience qu’un sujet de dissension peut féconder le débat et qu’une opposition peut être considérée de manière positive pour dialoguer et progresser ?
- Suis-je convaincu que seule la grâce de Dieu me sauve ? Comment cette conviction de foi transparaît-elle dans ma vie et dans mes relations avec les autres ?
- Comment je suis attentif à l’unité, à la communion, mais aussi au respect des différences, au cadeau que représente l’altérité ?
Carole Monmarché
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