Une Église en sortie


Pour éclairer notre chemin vers Pentecôte, Monique Graessel (communautaire) et Carole Monmarché (alliée), vous proposent une lecture spirituelle des cinq épisodes des actes des apôtres. Aujourd’hui, prenons un moment pour contempler comment l’Église, dès ses origines, se manifeste comme étant en mouvement, engagée dans une mission d’ouverture par l’annonce missionnaire des témoins de la parole de la Grâce.

Image : L’apôtre Philippe rencontre l’Éthiopien (enluminure du Ménologe de Basile II, manuscrit byzantin, fin X° siècle – Bibliothèque Apostolique Vaticane).

Ac 8, 26-40

26 L’ange du Seigneur adressa la parole à Philippe en disant : « Mets-toi en marche en direction du sud, prends la route qui descend de Jérusalem à Gaza ; elle est déserte. »

27 Et Philippe se mit en marche. Or, un Éthiopien, un eunuque, haut fonctionnaire de Candace, la reine d’Éthiopie, et administrateur de tous ses trésors, était venu à Jérusalem pour adorer.

28 Il en revenait, assis sur son char, et lisait le prophète Isaïe.

29 L’Esprit dit à Philippe : « Approche, et rejoins ce char. »

30 Philippe se mit à courir, et il entendit l’homme qui lisait le prophète Isaïe ; alors il lui demanda : « Comprends-tu ce que tu lis ? »

31 L’autre lui répondit : « Et comment le pourrais-je s’il n’y a personne pour me guider ? » Il invita donc Philippe à monter et à s’asseoir à côté de lui.

32 Le passage de l’Écriture qu’il lisait était celui-ci : Comme une brebis, il fut conduit à l’abattoir ; comme un agneau muet devant le tondeur, il n’ouvre pas la bouche.

33 Dans son humiliation, il n’a pas obtenu justice. Sa descendance, qui en parlera ? Car sa vie est retranchée de la terre.

34 Prenant la parole, l’eunuque dit à Philippe : « Dis-moi, je te prie : de qui le prophète parle-t-il ? De lui-même, ou bien d’un autre ? »

35 Alors Philippe prit la parole et, à partir de ce passage de l’Écriture, il lui annonça la Bonne Nouvelle de Jésus.

36 Comme ils poursuivaient leur route, ils arrivèrent à un point d’eau, et l’eunuque dit : « Voici de l’eau : qu’est-ce qui empêche que je sois baptisé ? »

38 Il fit arrêter le char, ils descendirent dans l’eau tous les deux, et Philippe baptisa l’eunuque.

39 Quand ils furent remontés de l’eau, l’Esprit du Seigneur emporta Philippe ; l’eunuque ne le voyait plus, mais il poursuivait sa route, tout joyeux.

40 Philippe se retrouva dans la ville d’Ashdod, il annonçait la Bonne Nouvelle dans toutes les villes où il passait jusqu’à son arrivée à Césarée.

Sur la route de Gaza, déserte autrefois et tristement célèbre aujourd’hui, Philippe, l’évangéliste itinérant de Samarie (peut-être a-t-il fait halte au Puits de Jacob ?), rencontre un haut fonctionnaire de la reine Candace s’en retournant sur son char. Le verbe « évangéliser » est employé plusieurs fois en Actes 8. C’est dire l’importance de l’expansion de la bonne nouvelle.

Pour la première fois, l’Église naissante s’ouvre à un étranger. Selon la Loi de Moïse, aussi bien comme non-juif que comme eunuque, le temple de Jérusalem, où il était allé adorer, lui était interdit. Et pourtant, le passage du livre d’Isaïe, qu’il est en train de lire, avait déjà annoncé cette ouverture extraordinaire :

« Que le fils de l’étranger, qui s’est attaché au Seigneur, ne dise pas : ‘Sûrement le Seigneur va m’exclure de son peuple’, Que l’eunuque ne dise pas : ‘Voici je suis un arbre sec’… car ma maison sera appelée maison de prière pour tous les peuples »

Is 56,3-7

Jésus lui-même avait cité ce passage, ouvrant l’alliance avec Dieu aux étrangers, aux hommes et femmes blessés dans leur chair et laissés pour compte, ce qui avait suscité de l’opposition.

De quoi manque-t-il, cet étranger ? Il est ministre des finances, donc puissant et riche. En plus, il a la foi. Une foi qui le fait chercher Dieu à Jérusalem. Il tient en main le livre du prophète Isaïe. A l’époque, un livre vaut une fortune et il le lit à haute voix. Alors que le Serviteur souffrant « n’ouvre pas la bouche », la Parole dépasse sa question (« de quel prophète s’agit-il ? »). Philippe lui demande : « Comprends-tu ce que tu lis ? » « Comment le pourrais-je », répond le voyageur, « si je n’ai pas quelqu’un pour me guider ? » Pour lire et comprendre, il importe en Eglise de s’accompagner les uns les autres.

Philippe lui « annonça Jésus, la bonne nouvelle », littéralement « il lui évangélisa Jésus » (v.35). Sur la route, tel le pèlerin d’Emmaüs, il prend le rôle du Ressuscité et lui interprète l’Ecriture.

En Luc 24, c’est le destin de Jésus qui pose problème et l’Ecriture qui l’éclaire. En Actes 8, c’est la compréhension d’Isaïe 53 qui fait difficulté et la vie de Jésus en est l’exégèse. Au lieu que ce soit les individus qui « servent la Parole de Dieu », comme en Actes 6 (« Et la Parole de Dieu croissait », v.7), c’est dans un sens la Parole de Dieu qui se met au service de la personne et des individus en vue d’une vie nouvelle.

L’Ecriture fait mémoire, éclaire le présent et ouvre un avenir. Elle fait passer du livre à la Parole, du texte scellé à la parole vivante. Entre l’eunuque et l’Ecriture, le diacre Philippe a introduit une médiation, Jésus, et ouvert un sens que le pèlerinage à Jérusalem n’avait pas révélé. « Qu’est-ce qui empêche que je sois baptisé ? », demande l’eunuque. Rien ne peut l’empêcher à partir du moment où la rencontre avec le Christ vivant s’est faite. En Jésus ressuscité, comme promis, le Royaume est ouvert. C’est la bonne nouvelle que la maison du Père est une maison de prière pour tous. Cette audace au goût de libération et de liberté est semée dans la communauté chrétienne naissante. Philippe peut alors disparaître, emporté par l’Esprit pour d’autres missions. Et la marche de l’Ethiopien à la suite du Christ se poursuit joyeuse (v. 38). On peut penser qu’il apporta l’évangile dans son pays car on sait que cette région du monde fut christianisée tôt.

Jésus ressuscité l’avait annoncé : « Vous recevrez une puissance du Saint-Esprit venant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem et aussi dans toute la Judée, la Samarie et jusqu’aux confins de la terre » (Ac 1,8).

Dès ses débuts, l’Église est en sortie, en ouverture missionnaire.

L’évangile se déploie en sortant de son espace et la conversion d’un officiel éthiopien préfigure cet horizon universel.

Il peut être utile de repérer comment Luc évoque ici le rôle de l’Esprit Saint.

Et nous, quelle est notre route de Gaza et auprès de qui faisons-nous, si je puis dire, de l’auto-stop ?

Par l’exemple de Philippe, nous apprenons ce qu’est un évangéliste. Il est obéissant (v. 27), toujours disponible et alerte (v. 29-30), plein de délicatesse en approchant autrui et partant de là où il en est. Il se met au même niveau en s’asseyant près de lui pour l’écouter et dialoguer (v. 31).

  • Et nous, qui nous a transmis le goût de la Parole et avec qui avons-nous récemment partagé ce trésor ?
  • Comment nous sommes-nous enrichis mutuellement et de quoi pouvons-nous faire mémoire ?
  • Comprenons-nous aujourd’hui ce que nous lisons afin de devenir des « témoins de la parole de la grâce » ?

Carole Monmarché

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Un avis sur « Une Église en sortie »

  1. Aujourd hui les textes et les questions me provoquent à témoigner d’un parcours avec quelqu’un du Sappel (mouvement chrétien qui accompagne les personnes en précarité et nous nous accompagnons mutuellement). Cette personne éloignée de l’Eglise m’a demandé un chemin de
    rencontres pour retrouver la parole avec la Parole. Cet homme m’émerveille , il a un coeur d’enfant pour se laisser toucher par la gratitude de Dieu et de Marie. Il me montre comment malgré une vie degalère il est possible de rebondir et de se laisser « grâcier » et moi je lui montre certains passages d’Evangile qui éclairent sa vie.

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