Lettre de Pentecôte 2019


Il y a des moments, comme ces derniers mois, où l’actualité, surchargée, semblait nous prendre à la gorge et nous pousser à être pointus sur quantité de sujets à la fois. C’est alors qu’un grand sentiment d’impuissance a pu nous envahir : à mon humble petit niveau, que puis-je faire ?

C’est précisément au milieu de toute cette rumeur que j’entends Jésus, dans la liturgie du Temps pascal, nous rappeler longuement qu’il nous faut «demeurer» : demeurer en lui, veiller à ce que sa Parole demeure en nous, lui offrir ainsi qu’à son Père une demeure intérieure où venir

habiter, demeurer ensemble, sarments d’une même Vigne, porter du fruit, et même beaucoup de fruit. Le contexte de ces paroles était justement très lourd. Jésus allait sous peu être livré, torturé et enfin exécuté. Pour les disciples, il y avait de quoi craindre ! Mais Jésus les assure que tout ce qu’il a enseigné est vrai, que le lien qui s’est tissé entre lui et eux ne mourra pas, que la Vie va continuer à jaillir, mais autrement, par le dedans. Il leur parlait du Saint-Esprit qui devait venir comme un Autre lui-même et ressusciter en eux toutes ses Paroles.

Les célébrations de la Pentecôte sont désormais derrière nous. Le Temps pascal est clos. Mais l’Esprit Saint, l’Esprit Paraclet, l’avons-nous vraiment reçu ? Pour le savoir, il suffit de regarder si nous «demeurons» en Jésus, si nous avons le goût de rester avec lui, de ruminer sa Parole, de le célébrer. S’il y a en nous la joie de croire et l’élan pour aimer.

Pour vous encourager, nous vous envoyons ce nouvel exemplaire de notre Lettre. Il s’agit vraiment d’une lettre qui souhaite juste vous donner des nouvelles de la Communauté que vous entourez de votre affection et de votre prière. Pourquoi ne pas prendre celle-ci comme un bouquet de témoignages sur la manière dont nous faisons nôtre l’appel de Jésus à «demeurer» ? Car en définitive, pour nous et la mission que le Seigneur nous a confiée, il ne s’agit que de cela : demeurer en lui, ne pas nous laisser emporter et disperser par les tempêtes du monde. Comme avec une plante délicate, cela demande du soin et de l’attention jusqu’à ce qu’elle puisse nous offrir le fruit de sa beauté.

De qui, de quoi prenons-nous soin ? Oh, vous le savez bien, tout repose sur le soin que nous prenons les uns les autres dans la Communauté. Jésus n’a-t-il pas dit ce même soir : C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres qu’on saura que vous êtes mes disciples (Jn 13,35) ? Par là, il nous donne notre première mission : nous aimer les uns les autres. Ce commandement de Jésus nécessite de chacun de nous un véritable travail sur lui-même, travail de conversion sans doute, mais aussi travail de guérison intérieure et de pardon. Un proche qui a senti cela en témoigne magnifiquement.

Demeurer en Jésus, dans l’émerveillement et la gratitude, c’est aussi prendre soin de la Thumenau. Et là, c’est un festival de petites et de grandes initiatives ! Combien nous disent en arrivant, et plus encore en partant, que la propriété est belle et qu’on voit le soin que nous en prenons. Et ce n’est qu’un commencement !

La mission, comme la joie, coule comme par débordement. C’est un besoin du cœur qui se sait aimé d’aller vers l’autre, surtout vers celui qui souffre. En France comme au Togo, le miracle de l’amour se poursuit à travers des hommes et des femmes, Communautaires ou non, qui ont en commun de chercher à « demeurer », veillant à garder leur vie centrée sur l’Essentiel.

Il ne faudrait pas que j’oublie de parler du besoin de communion avec d’autres réalités ecclésiales. Il ne peut qu’apparaître dans le cœur qui demeure en Jésus et dans l’Eglise re-née de l’Esprit Saint. C’est notre joie d’en témoigner car l’unité de l’Eglise n’est pas facultative, comme le rappelle le pape François, et notre attention reste aimantée par la soif de Jésus : afin que le monde croie ! (Jn 17,21).

P. Bertrand Lepesant, s.j.



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