Il est ressuscité! Nous l’avons célébré… et maintenant? Laissons ces mots du P. Bernard Bro interroger notre rapport à l’espérance de la Résurrection…
La Résurrection existe, c’est un fait. Mais ce qui tue les chrétiens est de penser que ce fait est exceptionnel. Il est peut-être exceptionnel au sens où malheureusement la santé et la vérité sont trop souvent exceptionnelles ; mais il ne l’est pas au sens où le triomphe de l’espérance nous est proposé à tous. Or, dans une période d’apocalypse comme la nôtre, si nous n’attendons pas cette folie de la Résurrection, cette victoire, nous n’attendons rien. Certes la vraie foi est toujours en quelque manière une exception… Peut-être n’y en a-t-il pas beaucoup parmi nous qui croient jusqu’au bout et pleinement ce que le christianisme leur promet. Qui oserait y prétendre? Mais la résurrection dont nous parlons n’est pas exceptionnelle en ce sens que Dieu souhaiterait qu’elle le soit. Non, Dieu veut qu’elle soit notre lot, notre sort, notre partage à tous. Et ne pas espérer cette folie d’une résurrection déjà commencée, dans notre période de mort et de crépuscule, ne pas espérer cette vie nouvelle, c’est ne rien espérer.
Nous avons assez dit combien l’angoisse existe et comment, en face de cette nuit, certains témoignent pourtant d’une impossibilité à désespérer. Néanmoins nous sommes obligés de faire ce constat : nous n’y croyons pas, je n’y crois pas assez, personne n’y croit vraiment. Il reste qu’« il n’est pas possible de ne pas parler » (Ac 4, 20). Il est impossible de cacher la seule réalité qui résume tout de notre espérance : la Résurrection, cela existe, aussi, mais nous n’y croyons pas…
A force de voir les abîmes du mal, nous suspectons cette réalité de la Résurrection quotidienne. Nous n’y croyons pas, et c’est notre grand malheur, et cela, non seulement quand nous sommes dans l’inquiétude et la ténèbre, ce qui serait admissible, mais même et surtout avant, lorsque nous vivons… quotidiennement.
Voilà ce qui est proposé dès maintenant comme dernier objet de notre espérance : la blessure et la tendresse de Dieu regardant le mal, la nuit et l’enfer, et qui en triomphe par le fait qu’il continue de les aimer.
Certains pressentent qu’il y a un deuxième monde et qu’il faut le trouver. Nous savons ce qu’il est : cette lumière de Dieu, cette force du Christ, cette présence du Ressuscité, celle par exemple qui habitait un Père Kolbe de telle sorte que ses bourreaux ne pouvaient plus supporter son regard. Voilà ce qui est proposé dès maintenant comme dernier objet de notre espérance : la blessure et la tendresse de Dieu regardant le mal, la nuit et l’enfer, et qui en triomphe par le fait qu’il continue de les aimer. Voilà la douceur de Dieu plus forte que toute violence et qui nous montre jusqu’où va la portée folle de notre espérance. Certes elle est encore inconsciente – mais si elle devenait consciente, nous ne considérerions plus comme une exception les manifestations extraordinaires de la Résurrection. Oui, quand l’espérance devient consciente, on s’aperçoit qu’elle espère tout, c’est-à-dire qu’elle espère vraiment cette folie, non pas comme un rêve, ni comme une hypothèse, ni comme un pari, ni même comme un espoir… non, mais comme la Réalité.
Bernard Bro in « Contre toute espérance », Ed du Cerf, 1975

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