Lettre de Pentecôte 2020


Vous connaissez peut-être ce film de Jacques Rémy Girerd : La prophétie des grenouilles…

Les grenouilles avaient annoncé qu’il y aurait un cataclysme, mais seuls les enfants Tom et Lili les entendent. Et quand la pluie commence à tomber, c’est la panique : grand père Ferdinand, à l’instar de Noé, bricole une arche pour sauver Juliette, la maman, les enfants et tous les animaux que leur avaient confiés, pendant leur voyage en Afrique, les voisins, parents de Lili, propriétaires du zoo d’à côté.

Et les voilà tous confinés pour quarante jours et quarante nuits dans cette maison flottante préparée par Ferdinand, un logisticien et un bricoleur de génie. Juliette, elle, s’occupe de l’intendance et se révèle l’âme de cette communauté improvisée.

Quelle aventure ! Quelques humains noirs et blancs, adultes et enfants, embarqués dans la même galère avec des animaux, des gros, des petits, des herbivores et des carnivores, bref, tout ce qu’il faut pour que la vie ensemble soit un vrai défi !

Les éléphants n’ont pas assez de place, les carnivores, lions et autres renards, en ont assez de manger des frites, ils voudraient bien un peu de viande, un poulet ou une chèvre par exemple. Sans parler des attaques qui viennent de l’extérieur. La tortue haineuse et manipulatrice ne supporte pas la joyeuse cohabitation qui règne dans l’arche entre des êtres si différents sous la houlette de Ferdinand. Elle va le faire jeter à la mer avec Juliette. Elle suscite la division, la rébellion, et organise une attaque des crocodiles contre cette embarcation fragile. Un véritable « combat spirituel »!

Mais la bonté et l’autorité de Ferdinand, l’esprit pratique qu’il a su transmettre à Tom, et l’estime qu’il a pu gagner de tous les passagers, auront raison du chaos et de la mort qui menacent.

Quand je me suis rappelé ce film, j’ai pensé à notre situation en ce temps de pandémie. Le fléau n’est pas un déluge, mais il a été large- ment perçu comme un danger mortel. Et il l’a été pour beaucoup à travers le monde. Ce qui a aidé au salut, ce n’est pas une tour poulailler flottant sur une chambre à air, mais c’est un confinement sévère, certains seuls dans leur chambre, d’autres en famille obligés de se supporter et de s’aimer.

Moi, j’étais à la Thumenau un peu par hasard, mais surtout par grâce, et j’ai participé à cette Communauté nouveau style où ont été déployés beaucoup de créativité (pour communiquer entre nous par les moyens d’aujourd’hui, je pense au blog), une grande rigueur d’organisation pour éviter toute contamination, un esprit de service étonnant, une discipline exemplaire… et nous sommes arrivés à bon port. J’ai pu ensuite bénéficier d’un avion spécial affrété par l’ambassade du Togo à Paris pour rapatrier à Lomé les Togolais bloqués en France. Quant aux autres, à la Thumenau et ailleurs, ils ont pu enfin « sortir de l’arche », joyeux de revoir de près les êtres chers dans un printemps magnifique.

Dans cette Lettre un peu spéciale, vous pourrez lire des manières bien différentes dont ont été vécus ces mois. Ils ont pu nous faire grandir, le Seigneur était le capitaine, et nous avons su nous confier en Lui. Vous lirez aussi comment, au Togo, la vie et l’espérance sont les plus fortes.

Que les découvertes faites et les expériences vécues nous ouvrent à une nouvelle manière de vivre et de penser notre monde. N’hésitez pas à voir ou revoir La prophétie des grenouilles !

P. Bertrand Lepesant, s.j.



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